Le Japon poursuit un réarmement discret mais massif, transformant ses Forces d'autodéfense en une armée de facto, sans modifier officiellement l'article 9 de sa constitution pacifiste. Selon le dernier livre blanc de la défense nippone, le budget militaire 2024 atteint 6 800 milliards de yens (environ 43 milliards d'euros), soit une hausse de 26 % par rapport à 2022, ce qui place le pays au 9e rang mondial des dépenses militaires.
Une interprétation élastique de la constitution
Depuis la réinterprétation de 2015, les Forces d'autodéfense peuvent exercer le droit de légitime défense collective, leur permettant de venir en aide à un allié attaqué. Cette évolution, poussée par les gouvernements Abe puis Kishida, a ouvert la voie à l'acquisition d'armements offensifs longtemps tabous : missiles de croisière à longue portée, porte-avions, sous-marins à propulsion classique et chasseurs furtifs F-35.
Le Premier ministre Fumio Kishida a déclaré en décembre 2023 : « Le Japon doit disposer d'une capacité de dissuasion crédible face aux menaces régionales. » Ce virage stratégique est justifié par la montée en puissance de la Chine, les essais balistiques de la Corée du Nord et l'incertitude sur l'engagement américain.
Des capacités offensives en pleine expansion
Tokyo prévoit de déployer des missiles hypersoniques d'ici 2026 et développe un missile antinavire à longue portée capable d'atteindre des bases ennemies. Le gouvernement a également annoncé la construction de deux destroyers lance-missiles de nouvelle génération et le renforcement de la défense antiaérienne avec le système Aegis Ashore.
Le nombre de soldats des Forces d'autodéfense terrestre, maritime et aérienne stagne autour de 240 000, mais leur équipement et leur entraînement ont été modernisés. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), le Japon a importé pour 1,5 milliard de dollars d'armements en 2023.
Des inquiétudes dans la région
La Chine accuse régulièrement le Japon de « briser le tabou pacifiste ». La Corée du Sud, bien qu'alliée des États-Unis, a exprimé sa préoccupation. L'opinion publique japonaise reste partagée : un sondage du quotidien Asahi Shimbun de mars 2024 montre que 48 % des Japonais sont favorables à un renforcement militaire, contre 43 % qui y sont opposés.
Pour les experts, ce réarmement silencieux transforme le Japon en puissance militaire régionale, capable de projeter des forces au-delà de ses côtes. Sans changer la constitution, le pays a redéfini sa doctrine de défense, créant une armée de facto.



