« Nous nous tirons une balle dans le pied » : c’est ainsi qu’un diplomate européen décrit les conséquences des récentes décisions de Donald Trump, qui creusent le fossé entre les deux rives de l’Atlantique. Alors que la guerre en Iran s’intensifie, le président américain a fait de l’Allemagne sa nouvelle cible, exacerbant les tensions avec l’Europe.
Des attaques en série contre les alliés
Les dernières semaines n’ont guère rassuré ceux qui espéraient une relation transatlantique apaisée. Donald Trump s’en est pris au chancelier allemand Friedrich Merz, le qualifiant de « totalement inefficace » après ses critiques de la guerre en Iran. Il a annoncé le retrait de 5 000 des 40 000 soldats américains stationnés en Allemagne. Par ailleurs, Berlin sera durement frappée par le relèvement des droits de douane sur l’automobile à 25 % dès la semaine prochaine, une mesure qui pourrait coûter 15 milliards d’euros à l’économie allemande, selon l’Institut de Kiel.
Le président français Emmanuel Macron est également une cible régulière, tandis que le Premier ministre britannique Keir Starmer a été visé sur un registre très personnel, Donald Trump déplorant qu’il ne soit « pas Winston Churchill ».
Des menaces qui inquiètent l’Otan
Plus préoccupant encore, le département américain de la Défense a évoqué des mesures punitives contre les alliés de l’Otan jugés insuffisamment solidaires des opérations américaines en Iran. Cela pourrait aller jusqu’à une suspension de l’Espagne de l’Alliance et un réexamen de la reconnaissance américaine des Malouines comme territoire britannique. « C’est pour le moins déstabilisant, confie un diplomate européen sous le sceau de l’anonymat. Nous nous préparons à tout, à tout moment. »
Quelle stratégie adopter face à Trump ?
Les relations transatlantiques étaient déjà fragilisées par les menaces répétées de Donald Trump l’an dernier, notamment sa volonté de s’emparer du Groenland et de réduire le soutien à l’Ukraine. Le déclenchement du conflit avec l’Iran par les États-Unis et Israël a encore détérioré la situation. Face à cet allié imprévisible, les Européens s’interrogent sur la meilleure réaction.
Un deuxième diplomate européen estime que l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel avait montré la bonne approche : « Il ne faut pas réagir immédiatement, il faut laisser passer l’orage, tout en restant fermement campé sur ses positions. » Même ceux qui ont tenté la flatterie ont essuyé le courroux présidentiel. Le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, souvent présenté comme un courtisan de Donald Trump, a lui-même été ciblé par son ire. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, pourtant proche idéologiquement, s’est élevée contre les attaques de Trump à l’égard du pape Léon XIV.
Des voix discordantes au sein du camp républicain
Tous les républicains ne soutiennent pas la ligne du président. Le représentant républicain Don Bacon a dénoncé sur X : « Les attaques répétées contre les alliés de l’Otan sont contre-productives, ces propos nuisent aux Américains. Les deux grandes bases aériennes en Allemagne nous offrent un accès privilégié à trois continents. Nous nous tirons une balle dans le pied. »
La guerre en Iran a également fait une victime sur le sol américain : la compagnie aérienne Spirit Airlines cesse ses activités, étranglée par la hausse des cours du brut. Donald Trump, quant à lui, souffle le chaud et le froid, se disant prêt à « pulvériser » l’Iran faute d’accord, après avoir déclaré les « hostilités terminées ».



