Guerre asymétrique : pourquoi l'Iran résiste encore aux États-Unis
Guerre asymétrique : pourquoi l'Iran résiste aux USA

Six mois après le début de la guerre en Iran, le régime des mollahs tient toujours. Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive massive contre la République islamique, détruisant une partie de ses infrastructures militaires et nucléaires et éliminant plusieurs hauts responsables. Pourtant, Téhéran conserve des moyens de pression, notamment autour du détroit d’Ormuz. Ce décalage entre la puissance déployée et les résultats obtenus illustre un phénomène bien connu des théoriciens militaires : la « guerre asymétrique ».

Qu’est-ce que la guerre asymétrique ?

Une guerre asymétrique oppose un acteur puissant – un État, une armée régulière – à un adversaire beaucoup plus faible qui évite le terrain où son ennemi est le plus fort. Au lieu d’une bataille frontale perdue d’avance, l’acteur faible privilégie la guérilla, les embuscades, les drones bon marché ou la guerre d’usure. Son objectif n’est pas de vaincre militairement, mais de survivre assez longtemps pour rendre le coût politique de la guerre insupportable pour l’ennemi.

L’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger résumait ce paradoxe en une phrase : « La guérilla gagne si elle ne perd pas. L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas. »

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Du Vietnam à l’Irak, le même scénario

Ce type de conflit dépasse le seul cas iranien. Depuis plusieurs décennies, les États-Unis se heurtent régulièrement au même paradoxe. Au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, les forces américaines ont dominé les affrontements conventionnels. Pourtant, la victoire militaire n’a pas suffi à atteindre les objectifs politiques fixés par Washington.

Pour comprendre pourquoi il est si difficile pour les États-Unis de transformer leur puissance militaire en succès durable, L’Express a interrogé Adam Weinstein, chercheur au Quincy Institute et ancien Marine déployé en Afghanistan en 2012, ainsi qu’Ivan Arreguín-Toft, professeur à Harvard et auteur du livre How the Weak Win Wars: A Theory of Asymmetric Conflict, publié en 2005.

Ces experts soulignent que la guerre asymétrique n’est pas une simple question de technologie ou de supériorité aérienne. Elle repose sur la capacité de l’acteur faible à encaisser les pertes et à prolonger le conflit, tout en exploitant les faiblesses politiques et économiques de l’adversaire. Dans le cas iranien, la survie du régime dépend de sa capacité à maintenir la pression sur le détroit d’Ormuz, une voie de passage stratégique pour le pétrole mondial.

Un piège pour les armées conventionnelles

Le piège de la guerre asymétrique est que la puissance militaire conventionnelle, aussi écrasante soit-elle, ne peut pas garantir une victoire politique durable. Les États-Unis l’ont appris à leurs dépens au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, où les objectifs politiques initiaux n’ont jamais été pleinement atteints. En Iran, la situation suit une logique similaire : malgré des frappes massives, le régime tient et conserve des leviers de pression.

Selon les analystes, la guerre asymétrique n’est pas une anomalie, mais une constante des conflits modernes. Elle oblige les grandes puissances à repenser leurs stratégies, en intégrant des dimensions politiques, économiques et sociales souvent négligées. Pour les États-Unis, le défi est de taille : comment transformer une supériorité militaire écrasante en un succès politique durable, face à un adversaire qui refuse la bataille conventionnelle ?

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