Depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, le monde assiste à un retour massif de la guerre, avec une multiplication des foyers de conflit et une intensification des combats. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), le nombre de morts au combat a augmenté de 65% entre 2021 et 2023, atteignant des niveaux inédits depuis la fin de la Guerre froide.
Un regain des conflits interétatiques
La guerre en Ukraine a marqué un tournant, mais elle n'est pas un cas isolé. Au Proche-Orient, le conflit entre Israël et le Hamas a repris avec une violence accrue en octobre 2023. Au Soudan, une guerre civile oppose l'armée régulière aux Forces de soutien rapide depuis avril 2023. Au Sahel, les groupes jihadistes étendent leur emprise, tandis que dans la Corne de l'Afrique, les tensions entre l'Éthiopie et la Somalie s'aggravent. Le SIPRI recense 56 conflits armés actifs en 2023, contre 34 en 2021.
Des paradoxes géopolitiques
Ce retour de la guerre s'accompagne de paradoxes. D'un côté, les dépenses militaires mondiales ont atteint un record de 2 443 milliards de dollars en 2023, soit une hausse de 6,8% par rapport à 2022. De l'autre, les capacités de maintien de la paix et de désarmement sont en déclin. Les Nations unies peinent à financer leurs opérations de paix, et le traité New START sur la réduction des armements nucléaires est menacé.
Selon le chercheur Pierre Hassner, spécialiste des relations internationales, "nous assistons à une banalisation de la guerre, qui n'est plus perçue comme un phénomène exceptionnel mais comme un instrument politique ordinaire". Cette tendance est renforcée par l'érosion du droit international humanitaire et la multiplication des interventions de puissances régionales.
Conséquences humanitaires et économiques
Les conflits actuels provoquent des déplacements massifs de populations. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre de personnes déplacées de force dans le monde a dépassé les 110 millions en 2023, un record historique. Les conséquences économiques sont également lourdes : la Banque mondiale estime que les conflits ont coûté à l'économie mondiale près de 14 000 milliards de dollars en 2023, soit environ 14% du PIB mondial.
Une recomposition des alliances
Le retour de la guerre entraîne une recomposition des alliances. L'OTAN, qui s'était affaiblie après la fin de la Guerre froide, retrouve une nouvelle vigueur avec l'adhésion de la Finlande et de la Suède. En parallèle, la Russie renforce ses liens avec la Chine, l'Iran et la Corée du Nord, formant un bloc contestataire de l'ordre international. Les pays du Sud global, comme l'Inde et le Brésil, tentent de maintenir une position non alignée, mais sont de plus en plus sollicités.
Selon une analyse de l'Institut français des relations internationales (IFRI), "le monde est entré dans une phase de 'guerre hybride', où les conflits armés se combinent avec des cyberattaques, des guerres de l'information et des pressions économiques". Cette complexité rend difficile la résolution des crises et accroît les risques d'escalade.



