Selon une enquête de CNN publiée mardi 7 juillet, de hauts commandants américains auraient approuvé des frappes en Iran malgré des avertissements internes indiquant que certains renseignements étaient obsolètes. L’une de ces frappes, menée le 29 février à Minab, dans le sud du pays, a touché l’école Shajareh Tayyiba, alors que la cible visée était une installation voisine des Gardiens de la révolution, organisation paramilitaire chargée de protéger la République islamique d'Iran.
Des alertes contournées par souci de rapidité
Selon l'enquête, l’affaire ne tient pas à une absence totale d’information. Les alertes existaient dans les systèmes utilisés par l’armée américaine pour préparer ses listes de cibles. Ces messages indiquaient que certains renseignements dataient de plusieurs années et devaient être revérifiés avant utilisation. Pour ajouter les sites concernés à la liste des frappes, l’approbation d’un officier supérieur était nécessaire. Trois sources citées par CNN affirment pourtant que ces avertissements ont été contournés. Deux d’entre elles évoquent une décision prise par souci de rapidité, au début de la guerre, lorsque les responsables militaires cherchaient à fournir rapidement des cibles.
Une école devenue cible par manque de mise à jour
Dans le cas de Minab, le problème tient à une évolution du site mal prise en compte. Des images satellites de 2013 montraient que l’école et l’installation des Gardiens de la révolution faisaient autrefois partie du même ensemble. Mais des images de 2016 montraient déjà qu’une clôture séparait l’école du reste du site, avec une entrée distincte. En décembre 2025, d’autres images faisaient apparaître des dizaines de personnes dans la cour de l'établissement. L’information était donc disponible, mais elle n’a pas circulé correctement. CNN cite deux outils au cœur du processus : le MIDB, ancienne base de ciblage du Pentagone créée dans les années 1980, et MARS, une plateforme plus récente appuyée sur l’intelligence artificielle. Les deux systèmes sont toujours utilisés. Selon une source, la transition vers MARS accuse du retard, tandis que les données de référence reposent encore largement sur MIDB. Un analyste avait bien relevé des changements sur le site dans un autre outil numérique, mais cet outil n’était pas relié à la base officielle utilisée pour élaborer les frappes.
Chronologie d'une frappe meurtrière
La frappe de Minab intervient le premier jour des opérations américaines contre l’Iran. Selon CNN, les militaires et les analystes tentaient alors de mettre à jour les renseignements concernant des milliers de sites, après la décision de Donald Trump de lancer les opérations. Les cibles jugées prioritaires ont été traitées en premier : sites mobiles, missiles, avions, installations considérées comme les plus dangereuses pour les forces américaines. Les sites fixes ont été classés plus bas dans l’ordre d’urgence, précisément parce qu’ils ne bougent pas. Le site de Minab appartenait à cette catégorie : il ne bougeait pas, mais ses données, elles, avaient changé. Après la frappe, les médias d’État iraniens ont comptabilisé au moins 168 enfants et 14 enseignants tués.
Des équipes de protection des civils affaiblies
Un autre élément apparaît dans l’enquête : l’affaiblissement des équipes chargées de limiter les dommages causés aux civils. Selon deux sources citées par CNN, ces équipes étaient déjà en sous-effectif au Central Command et dans d’autres commandements, après des coupes décidées sous l’autorité du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth. Le programme de Civilian Harm Mitigation and Response (Atténuation des dommages aux civils et réponse) aurait vu ses effectifs fortement réduits. Au Central Command, l’équipe serait passée de dix personnes à un seul poste à temps plein. Pete Hegseth a, à plusieurs reprises, défendu l’idée d’alléger certaines contraintes pesant sur les commandants afin d’accélérer l’action militaire. Sa formule, rapportée par CNN, tient en quelques mots : « maximum lethality, not tepid legality », soit « une létalité maximale, et non une légalité tiède ».
Une enquête militaire toujours en cours
Si Washington a toujours affirmé ne pas viser les civils, une enquête militaire a été ouverte dans les jours suivant la frappe. Plusieurs mois plus tard, elle n’a toujours pas été rendue publique. La Maison-Blanche assure qu’elle est encore en cours, le Pentagone renvoie les questions au Commandement central, qui refuse de commenter pour la même raison. CNN n'évoque pas une école volontairement visée, mais une chaîne de décision où les signaux d’alerte existaient, où les images les plus récentes racontent autre chose, et où la validation a tout de même suivi son cours.



