Au Liban, la documentation des violations du droit international humanitaire (DIH) par l'armée israélienne s'avère un exercice semé d'embûches. Depuis l'escalade du conflit en 2023, les organisations de défense des droits humains tentent de collecter des preuves, mais se heurtent à des obstacles majeurs sur le terrain.
Un accès limité aux zones de combat
Les enquêteurs des ONG locales et internationales ont difficilement accès aux zones proches de la frontière israélienne, où les affrontements sont les plus intenses. Le sud du Liban, notamment les régions de Marjayoun et Bint Jbeil, reste souvent inaccessible en raison des bombardements et des risques de mines. Ce manque d'accès freine la collecte de témoignages et de preuves matérielles.
« Nous devons souvent nous fier à des sources indirectes, comme les images satellites ou les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux », explique un enquêteur d'Amnesty International basé à Beyrouth. « Mais ces éléments ne suffisent pas toujours pour établir des violations du DIH avec certitude. »
La pression politique et sécuritaire
Les ONG subissent également des pressions de la part des autorités libanaises et des groupes armés locales. Certaines organisations sont accusées de partialité ou de collaborer avec des puissances étrangères. En outre, la menace d'attaques israéliennes contre les bâtiments abritant des enquêteurs a conduit plusieurs équipes à réduire leurs déplacements.
Selon un rapport de Human Rights Watch publié en janvier 2024, au moins 12 incidents impliquant des frappes aériennes israéliennes ont visé des cliniques, des écoles ou des habitations civiles. Mais ces allégations restent difficiles à vérifier sur place.
Des preuves souvent détruites ou fragmentaires
L'un des défis majeurs est la destruction rapide des sites par les frappes israéliennes, ce qui efface les traces de munitions ou de restes d'armes. Les enquêteurs doivent agir vite, mais les conditions de sécurité ne le permettent pas toujours. Par ailleurs, les armes utilisées, comme les bombes à sous-munitions, laissent des résidus dangereux qui retardent les investigations.
« Nous avons besoin de spécialistes en balistique et en médecine légale pour analyser les fragments, mais ces experts sont rares au Liban », indique un juriste du Centre libanais des droits humains. « Et envoyer des échantillons à l'étranger prend des mois. »
Un contexte juridique complexe
La documentation des violations ne débouche pas toujours sur des poursuites judiciaires. Le Liban n'est pas partie à la Cour pénale internationale, ce qui limite les recours. Les procès devant les tribunaux locaux restent rares, et les plaintes déposées auprès de l'ONU n'aboutissent souvent à aucune sanction.
Entre 2023 et 2025, le Bureau du Coordonnateur spécial des Nations unies pour le Liban a enregistré plus de 300 allégations de violations du DIH, mais seulement une dizaine ont fait l'objet d'une enquête approfondie. Ce faible taux de suivi décourage les victimes et les ONG.
L'importance de la documentation pour la justice
Malgré ces difficultés, les organisations continuent de collecter des preuves, conscients que ces documents serviront un jour à établir la vérité et à obtenir justice pour les victimes. Des initiatives de formation et de financement international tentent de renforcer les capacités locales, mais les progrès restent lents.
« Chaque témoignage, chaque photo, chaque rapport compte », conclut le juriste. « C'est un travail de Sisyphe, mais indispensable pour l'Histoire. »



