Dix ans après Jo Cox, le Royaume-Uni n'a pas tiré les leçons de la haine politique
Dix ans après Jo Cox, aucune leçon tirée au Royaume-Uni

Dix ans après l'assassinat de la députée travailliste Jo Cox, une enquête parlementaire publiée ce mardi dresse un constat accablant : le Royaume-Uni n'a pas su tirer les leçons de ce drame. La montée des discours haineux et des menaces envers les élus n'a pas été endiguée, selon le rapport de la commission des affaires intérieures de la Chambre des communes.

Un assassinat qui avait choqué le pays

Le 16 juin 2016, Jo Cox, députée de 41 ans et mère de deux enfants, était assassinée à Birstall, dans le Yorkshire, par un extrémiste d'extrême droite. Ce meurtre, survenu une semaine avant le référendum sur le Brexit, avait provoqué une onde de choc au Royaume-Uni et au-delà. Les hommages avaient alors souligné son engagement pour les réfugiés et contre les inégalités.

Dix ans plus tard, le rapport parlementaire estime que les autorités n'ont pas pris la mesure de la menace. Selon la députée conservatrice et présidente de la commission, Yvette Cooper, "les discours toxiques et les menaces contre les élus se sont intensifiés, créant un climat d'intimidation insupportable".

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Une augmentation alarmante des menaces

L'enquête révèle que les signalements de menaces envers les parlementaires ont augmenté de 78 % entre 2016 et 2025. En 2025, plus de 1 200 incidents ont été recensés, contre 675 en 2016. Les femmes et les élus issus de minorités ethniques sont particulièrement ciblés. "La violence verbale en ligne s'est banalisée, et les mesures de protection restent insuffisantes", déplore le rapport.

Le document pointe du doigt le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de la haine. "Les plateformes numériques n'ont pas suffisamment agi pour modérer les contenus violents", indique l'enquête. Selon une étude commandée par la commission, 45 % des députés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement en ligne au cours des cinq dernières années.

Des mesures jugées insuffisantes

Le rapport critique également le manque de coordination entre la police, le Parlement et les autorités locales. "Les recommandations formulées après la mort de Jo Cox n'ont été que partiellement mises en œuvre", souligne Yvette Cooper. Parmi les lacunes : l'absence d'un système centralisé de signalement des menaces et le manque de formation des agents de sécurité.

La commission propose plusieurs mesures, dont le renforcement des peines pour les infractions de haine envers les élus, l'obligation pour les réseaux sociaux de signaler les menaces, et la création d'un fonds d'aide aux victimes. "Il est urgent d'agir avant qu'un nouveau drame ne se produise", conclut le rapport.

L'héritage de Jo Cox

La fondation créée en mémoire de Jo Cox continue de promouvoir la cohésion sociale et le dialogue. "Son message de tolérance est plus que jamais d'actualité", a déclaré son mari, Brendan Cox. "Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur les hommages : des actions concrètes sont nécessaires pour protéger la démocratie."

Le gouvernement britannique a promis d'examiner les recommandations du rapport. "Nous devons garantir que nos élus puissent exercer leur mandat sans crainte", a répondu un porte-parole du ministère de l'Intérieur. Cependant, les associations de défense des droits estiment que les promesses ne suffisent pas. "Il faut des lois plus strictes et une application réelle", a insisté une porte-parole de l'ONG Hope not Hate.

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