La crise migratoire à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, a mis en lumière les profondes divisions au sein de l'Union européenne. Alors que des dizaines de milliers de migrants ont franchi les frontières, les 70 morts, principalement par noyade ou écrasement, sont passés presque inaperçus. « L'ampleur de cette tragédie humaine est passée presque inaperçue », déplore un chroniqueur du Guardian. Au-delà du drame, c'est l'absence d'une réponse commune qui domine les analyses de la presse européenne.
Une réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur
Ce mardi 4 août, les ministres de l'Intérieur de l'UE se réunissent en urgence en visioconférence pour aborder la situation. Cependant, la surenchère politique a déjà commencé. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a réclamé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen. Une position qui, selon Bloomberg, « frise l'hypocrisie », le journal rappelant les appels à la solidarité lancés par Rome lors de la crise de Lampedusa en 2023. Bloomberg note que « la politique intérieure prime manifestement, alors que Meloni subit des pressions à droite ».
Le soutien du Danemark et de la Finlande
Le Danemark et la Finlande ont soutenu la proposition italienne. Dans les colonnes de Bild, Manfred Weber, président du Parti populaire européen, a appelé le gouvernement espagnol à effectuer un « virage à 180 degrés » sur sa politique migratoire. Pourtant, cette offensive politique repose sur plusieurs approximations. Le Financial Times rappelle que Ceuta se situe « de facto en dehors de l'espace Schengen » : les voyageurs doivent déjà présenter un passeport et un visa pour rejoindre l'Espagne continentale.
Une « réaction européenne timide »
Le quotidien économique évoque une « réaction européenne timide » face à la crise et estime que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est injustement désigné comme principal responsable en raison de sa politique migratoire jugée plus libérale. Le journal britannique rappelle également le contexte de fortes tensions autour de la campagne de régularisation des personnes en situation irrégulière, ouverte mi-avril, qui a cristallisé les critiques de plusieurs partenaires européens.
« Panique » et « manque de solidarité »
En Italie, La Stampa voit dans cette crise un prétexte supplémentaire à la division européenne, soulignant que « Moscou comme Washington alimentent les campagnes de désinformation » visant à affaiblir l'unité de l'Union. En Espagne, au contraire, El Pais appelle à « la fermeté et à l'unité face au défi posé par le Maroc ». Le quotidien espagnol insiste sur « l'utilisation inacceptable de l'immigration contre les frontières souveraines à Ceuta ». Le journal pointe également « la responsabilité première du Maroc », accusé d'instrumentaliser les flux migratoires pour exercer une pression politique sur Madrid. « Ce n'est pas ainsi qu'un pays qui aspire à être considéré comme fiable et prévisible se comporte avec ses amis », souligne-t-il.
L'exploitation politique de la crise
Pour The Guardian, « l'exploitation par la droite de la 'crise' migratoire de Ceuta garantit presque qu'elle se reproduira ». Le quotidien britannique estime que « la panique des dirigeants européens » et leur « manque de solidarité » renforcent à la fois les passeurs et l'extrême droite, tout en fragilisant davantage l'Espagne. Il rappelle également que Ceuta est déjà « l'une des frontières les plus sécurisées d'Europe, avec drones, détecteurs thermiques, capteurs de mouvement, tours de surveillance numériques et coopération des forces auxiliaires marocaines ».
Les fragilités de la politique migratoire européenne
Au fond, cette crise révèle les fragilités de la politique migratoire européenne. Die Süddeutsche Zeitung, quotidien allemand, résume ce paradoxe : « Pour protéger ses précieuses valeurs européennes, l'Europe a rabaissé ses exigences humanistes au point de les rendre méconnaissables. La vulnérabilité au chantage exercé par des trafiquants d'êtres humains à l'échelle géopolitique n'en est que la conséquence logique. »



