Crime organisé : une alternative à la puissance publique
Crime organisé : alternative à la puissance publique

Dans un entretien au Monde, Paolo Campana, professeur de criminologie à l'université de Cambridge, décrit comment le crime organisé cherche à se présenter comme une alternative à la puissance publique. Selon lui, cette stratégie vise à gagner la légitimité auprès des populations, en particulier dans les quartiers où l'État est perçu comme absent ou défaillant.

Une stratégie de substitution

Paolo Campana explique que les organisations criminelles ne se contentent plus de la violence ou de l'intimidation. Elles développent des services sociaux, une justice informelle et une protection, imitant les fonctions régaliennes de l'État. Cette approche, dit-il, leur permet de s'implanter durablement dans les territoires où la présence publique est faible.

Le chercheur souligne que cette dynamique n'est pas nouvelle, mais qu'elle s'intensifie avec la mondialisation et la numérisation. Les réseaux criminels utilisent les technologies pour étendre leur influence et recruter, tout en maintenant un ancrage local fort.

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Des exemples concrets

Il cite des exemples en Italie, où la mafia offre des prêts à taux zéro aux commerçants en difficulté, ou encore en Amérique du Sud, où des gangs assurent la sécurité dans les favelas. Ces actions, bien que criminelles, répondent à des besoins réels, ce qui complique la réponse des pouvoirs publics.

Paolo Campana insiste sur le fait que cette « alternative » est une construction narrative. Les criminels investissent dans des actions visibles, comme la distribution de nourriture ou le financement d'événements, pour renforcer leur image de protecteurs. Cela leur permet de recruter des soutiens et de neutraliser les dénonciations.

Conséquences pour les politiques publiques

Pour le professeur, la réponse ne peut pas être uniquement répressive. Il préconise de renforcer la présence de l'État dans les zones concernées, en particulier dans les services de base : éducation, santé, justice. Il appelle aussi à une meilleure coordination internationale pour lutter contre les flux financiers illicites.

Enfin, Paolo Campana souligne l'importance de la recherche empirique pour comprendre ces phénomènes et éviter les stéréotypes. Il plaide pour des études de terrain approfondies, même si elles sont difficiles et parfois dangereuses. Selon lui, seule une connaissance fine des mécanismes permettra de concevoir des stratégies efficaces.

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