La domination coloniale ne fut pas seulement militaire, économique ou culturelle : elle constitua également une entreprise symbolique fondée sur deux virilités fantasmées, construites en miroir l’une de l’autre, celle des colons et celle des colonisés. C’est ce que révèle l’épisode 13 de la série « 3 000 ans de masculinité », intitulé « Déviriliser les “indigènes” : pourquoi la colonisation a aussi été une histoire de masculinités ».
Une prédation des corps et des terres
Les photographies de colons européens entourés de leurs « concubines indigènes » (congaïs indochinoises, ramatoas malgaches, vahinés polynésiennes…), la main posée sur leur cou ou leurs seins dans un geste typique de petit propriétaire, hantent durablement. En proposant la lecture critique d’un millier de ces images obscènes et obsédantes, l’ouvrage collectif « Sexe, race et colonies » (La Découverte, 2018) a provoqué un choc des représentations. Ces clichés révèlent ce qu’ont été les conquêtes coloniales : une prédation simultanée des corps et des terres, sur un mode éminemment viril.
La virilité comme outil de domination
Au-delà des dispositions individuelles des conquérants, cette virilité exacerbée s’affirme comme un outil central du système de domination, pensé comme tel par les théoriciens de la race et de l’impérialisme au XIXe siècle. Il s’agit non seulement de faciliter la pénétration des territoires, mais aussi de justifier la supériorité des colons en dévirilisant les populations colonisées. Les hommes indigènes sont souvent représentés comme efféminés, passifs ou sauvages, tandis que les colons incarnent une virilité conquérante et civilisatrice.
Un héritage persistant
Cette construction de la masculinité coloniale a laissé des traces durables dans les rapports de genre et les stéréotypes raciaux. L’épisode invite à réfléchir à la manière dont la colonisation a modelé les identités masculines, tant chez les colonisateurs que chez les colonisés, et à interroger les représentations contemporaines de la virilité.



