Les propos du ministre israélien de la Sécurité nationale, jugés « insupportables », s'ajoutent à une série d'exactions documentées : des maisons de Palestiniens assiégées par des colons en Cisjordanie occupée, des détenus numérotés par des soldats israéliens. La liste des actes commis et reconnus par l'État d'Israël et son armée s'allonge, rendue de plus en plus visible via les réseaux sociaux et les médias.
Une escalade sans précédent des violences en Cisjordanie
Ce n'est pas qu'une impression. Au cours des trois dernières années, et depuis l'attaque sanglante du 7-Octobre par le Hamas, « nous avons assisté à une escalade du nombre d'attaques, de leur brutalité et de la coordination entre l'appareil d'État israélien, l'armée et les colons pour faire avancer le nettoyage ethnique de la Cisjordanie », affirme Yair Dvir, porte-parole de l'ONG israélienne B'Tselem. Selon les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.097 Palestiniens – combattants et civils – depuis 2023 (hors bande de Gaza). Des chiffres « sans précédents en Cisjordanie », insiste le porte-parole.
Une ligne politique à l'extrême et un contexte intérieur tendu
Les membres les plus extrêmes du gouvernement de Benyamin Netanyahou instaurent leurs discours d'extrême droite décomplexée et leur politique de « démantèlement de la société palestinienne en Cisjordanie », selon Yair Dvir. Si « les crimes israéliens contre les Palestiniens et contre les populations des pays voisins ne datent pas d'hier, note-t-il, par le passé, Israël tentait de les nier ou de les justifier. Aujourd'hui, tout se fait au grand jour ». Le Premier ministre est en position de faiblesse dans son gouvernement, et est obligé de « tolérer » ces discours, ajoute Ronald Hatto, professeur à Sciences Po Paris, rattaché au Centre de recherches internationales (Ceri).
Le contexte intérieur joue beaucoup. Comme le rappelle Adel Bakawan, directeur de l'Institut Européen pour les Études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (EISMENA), des élections cruciales arrivent en octobre avec, à la clef, l'avenir politique de Benyamin Netanyahou. S'il perd, « s'ouvre la voie des procès, de la justice et peut-être de la prison, alors pour éviter une fin tragique, tous les moyens sont bons pour gagner », développe le chercheur spécialiste du Proche-Orient. Notamment « frapper là où ça fait plaisir à la société israélienne post 7-Octobre », poursuit-il.
Un traumatisme post 7-Octobre et un manque de discipline dans l'armée
Car, depuis les attentats qui ont fait 1.200 morts, « un mouvement de fond » marqué par « une radicalisation graduelle et décomplexée » a gagné une partie de la population, ce qui « favorise probablement ce genre de comportement », explique à son tour Ronald Hatto. À la suite de l'événement traumatique, la réponse disproportionnée d'Israël dans la bande de Gaza a contribué à propager un antisémitisme de plus en plus assumé dans le monde qui « contribue lui aussi à radicaliser certains Israéliens », ajoute le professeur.
S'ensuit également un manque de discipline dans l'armée accusée de protéger les colons qui harcèlent les Palestiniens de Cisjordanie. Avant, « l'état-major de Tsahal punissait les soldats qui commettaient des atrocités », rappelle Ronald Hatto, selon qui le manque d'effectifs actuel pourrait expliquer ce laisser-faire. « L'ONU a le même problème avec les casques bleus qui commettent des crimes », soutient-il.
La diversion iranienne et la passivité internationale
Le gouvernement israélien peut aussi profiter d'une diversion de taille grâce à la guerre qu'il mène de front avec son allié américain contre l'Iran, déstabilisant toute la région ainsi que l'économie mondiale étroitement liée au cours du pétrole. Pendant que le monde regarde ailleurs, l'État hébreu « se voit les mains libres », résume Adel Bakawan. Dans les faits, à part s'indigner par la parole, la communauté internationale « reste particulièrement passive face à ces dérives », constate Ronald Hatto. Depuis la reconnaissance de l'État palestinien par la France en 2025, « a-t-elle installé une ambassade à Ramallah ? Non », illustre Adel Bakawan.
Ni la Chine, ni la Russie, ni les pays occidentaux n'ont intérêt à s'en prendre à l'étroit allié des États-Unis. « Pour sanctionner Israël, il faudrait d'abord convaincre Donald Trump », analyse Ronald Hatto. Et d'ajouter : « Pas sûr que les candidats soient nombreux. »
Pour les pays du monde arabe aussi, la question palestinienne n'a jamais « autant été abandonnée », ajoute Adel Bakawan. Ils sont davantage préoccupés par leur propre sécurité. Pourtant, selon le spécialiste, même quand la guerre en Iran sera terminée, que les conflits en Libye, en Syrie et ailleurs au Moyen-Orient seront réglés, « tant qu'il n'y aura pas de solution pour la situation palestinienne, tant qu'Israël et la Palestine n'auront pas trouvé un chemin vers la paix, la région restera déstabilisée ».



