Brexit 10 ans après : promesses non tenues et désillusion britannique
Brexit 10 ans après : promesses non tenues et désillusion

Le 23 juin 2016, le tabloïd britannique Sun fanfaronnait en titrant « Le jour de l’indépendance », alors que les Britanniques votaient sur le maintien de leur pays dans l’Union européenne. Dix ans plus tard, l’enthousiasme est retombé et la désillusion prédomine chez les électeurs, qu’ils aient voté Leave ou Remain.

Des promesses symboliques non tenues

Les partisans du Leave, menés par Boris Johnson et Nigel Farage, avaient promis des jours meilleurs : zones de pêche maîtrisées, réduction de l’immigration, afflux d’investisseurs et surtout davantage de fonds pour le NHS (système de santé britannique). Ces promesses, souvent symboliques, ne se sont pas concrétisées. Laëtitia Langlois, maître de conférences à l’université d’Angers et spécialiste de la politique britannique, souligne que le NHS « va toujours mal », avec des délais d’attente pour des opérations allant jusqu’à quatre ans, poussant certains patients à se faire soigner à l’étranger.

Le bus rouge et la promesse des 350 millions

L’image emblématique de la campagne Leave fut un bus rouge arborant le message : « Nous envoyons 350 millions de livres sterling par semaine à l’UE. Redirigeons cet argent vers le NHS. » Ce montant était exagéré de 100 millions, mais le slogan « Reprendre le contrôle » a convaincu. Dix ans après, le débat sur le reversement de cette somme au NHS reste vif, mais le système de santé n’a pas connu l’amélioration promise.

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Immigration : un bilan mitigé

Le Brexit a fortement réduit l’immigration en provenance de l’UE. De nombreux Polonais et Français ont quitté le Royaume-Uni, et l’image du pays s’est dégradée. Laëtitia Langlois rappelle avoir vu des pancartes hostiles en 2016. En revanche, l’immigration extra-européenne a augmenté, atteignant un pic en 2023 avant que des règles plus strictes ne la fassent baisser. Le débat public s’est polarisé, avec des appels à « Stop the boats » et le projet controversé d’envoyer des demandeurs d’asile au Rwanda en 2022.

Économie : une City encore puissante mais des barrières réapparues

La City de Londres reste une place financière mondiale, mais les espoirs d’un « Singapour-sur-Tamise » libéré des régulations ne se sont pas réalisés. Les contrôles douaniers à Calais ont rallongé les files de camions. Selon une étude américaine basée sur des données de la Banque d’Angleterre, le PIB britannique est inférieur de 6 à 8 % à ce qu’il aurait été sans le Brexit. L’économie a également subi les chocs du Covid et de l’inflation post-invasion de l’Ukraine.

Un nouveau référendum « pas envisageable »

Les partisans du Remain constatent que les prédictions les plus sombres ne se sont pas réalisées, mais ils restent amers. Les citoyens britanniques dans l’UE ont perdu leur citoyenneté européenne et doivent faire face à des formalités administratives. Une lueur d’espoir : le Royaume-Uni doit réintégrer Erasmus en 2027. Cependant, le retour d’un gouvernement travailliste en 2024 n’a pas ravivé l’idée d’une réintégration dans l’UE. « L’idée d’un nouveau référendum n’est pas envisageable », affirme Laëtitia Langlois, car le scrutin de 2016 « a vraiment déchiré le pays ».

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