Le détroit de Bab al-Mandab, passage maritime stratégique reliant la mer Rouge au golfe d'Aden, est désormais au cœur des tensions entre l'Iran et les États-Unis. Après les menaces sur le détroit d'Ormuz, Téhéran semble vouloir étendre sa pression sur une autre voie essentielle au commerce pétrolier mondial.
Menaces iraniennes sur une artère vitale
Selon des sources militaires américaines citées par Le Monde, des responsables iraniens auraient récemment évoqué la possibilité de bloquer le détroit de Bab al-Mandab en cas d'escalade avec les États-Unis. Ce passage voit transiter environ 7 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 10 % de la consommation mondiale. Une fermeture, même partielle, provoquerait une flambée des prix et perturberait l'approvisionnement des marchés asiatiques et européens.
Les gardiens de la révolution iraniens disposent de bases sur la côte yéménite, à proximité du détroit, leur permettant de déployer des missiles anti-navires et des mines. « L'Iran cherche à multiplier les points de pression pour négocier en position de force », analyse Pierre Razoux, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM).
Réponse américaine et renforcement naval
En réaction, le Pentagone a annoncé le déploiement de trois destroyers supplémentaires dans la zone, portant à dix le nombre de navires de guerre américains présents entre la mer Rouge et le golfe Persique. Ces bâtiments sont équipés de systèmes Aegis capables d'intercepter des missiles. Par ailleurs, les États-Unis ont intensifié leurs vols de reconnaissance au-dessus du détroit.
L'opération Sentinelle, lancée en 2019 pour protéger la navigation dans le Golfe, est étendue au Bab al-Mandab. « Nous ne tolérerons aucune entrave à la liberté de navigation », a déclaré un porte-parole du commandement central américain. La France et le Royaume-Uni ont également envoyé des frégates pour participer à la sécurisation.
Implications régionales et économiques
Le Yémen, déjà déchiré par la guerre civile, se trouve une fois de plus au centre des rivalités. Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, contrôlent une partie de la côte ouest du pays, y compris le port de Hodeïda. Leur capacité à menacer le trafic maritime est une carte maîtresse pour Téhéran.
Sur le plan économique, les conséquences seraient désastreuses. Selon l'Agence internationale de l'énergie, une fermeture du détroit de Bab al-Mandab ferait grimper le prix du baril de 30 à 50 dollars en quelques semaines. Les pays asiatiques, grands importateurs de pétrole du Golfe, seraient les premiers touchés. Le Japon et la Corée du Sud ont déjà entamé des discussions pour diversifier leurs routes d'approvisionnement.
« Le Bab al-Mandab est un talon d'Achille pour l'économie mondiale », estime Fatih Birol, directeur de l'AIE. « Les risques de perturbation sont réels et doivent être pris au sérieux. »
Vers une escalade incontrôlée ?
Les analystes craignent que cette nouvelle zone de friction n'augmente les risques d'incident militaire. Un accrochage entre les forces iraniennes et américaines pourrait dégénérer en conflit ouvert. L'Iran dispose de missiles balistiques capables de frapper les bases américaines dans la région, tandis que les États-Unis ont renforcé leur présence aérienne sur la base d'Al Udeid au Qatar.
Jusqu'à présent, les deux camps évitent l'affrontement direct, mais la situation reste explosive. « Chaque incident mineur peut servir de catalyseur », prévient Razoux. Le détroit de Bab al-Mandab, longtemps resté dans l'ombre d'Ormuz, est désormais un théâtre d'opérations potentiel dans la guerre de l'ombre entre Téhéran et Washington.



