Quarante ans après « le match du siècle » en 1986, l'Argentine affronte de nouveau l'Angleterre mercredi à l'occasion des demi-finales de la Coupe du monde 2026. Le ton a déjà été donné par l'Albiceleste après sa victoire contre l'Égypte. « Pour les Malouines, pour Diego [Maradona], pour le dernier match de Leo [Messi], Argentine, je veux te voir remporter deux titres consécutifs », chantaient les joueurs dans le vestiaire, reprenant les paroles du chant de supporters La Cuarta estrella (La quatrième étoile). La référence à l'archipel d'Amérique du Sud, aussi appelé « Malvinas » en espagnol, ou îles Falklands pour les Britanniques, est claire.
Une revendication historique et nationale
Entre les deux pays, la situation de ces îles reste une blessure vive. Pour les Argentins, elle est même considérée comme une « cause nationale », souligne le chercheur franco-argentin Dario Rodriguez, maître de conférences en civilisation latino-américaine, auteur d'un article universitaire sur la politisation de cette revendication territoriale, dont l'origine remonte bien avant la guerre de 1982. Dès 1766, les Anglais établissent une résidence sur ce territoire situé à moins de 500 kilomètres des côtes argentines et à 1.300 km de la péninsule Antarctique. L'île passe ensuite sous domination espagnole, puis des Provinces-Unies du Río de la Plata, ancêtre de l'Argentine. En 1833, l'Angleterre revient affirmer sa domination sur ce territoire, expulsant la résistance locale.
Les décennies suivantes, l'appartenance du territoire de plus de 12.000 kilomètres carrés est placée au cœur des programmes de politiques étrangères des dirigeants argentins. En 1965, la résolution 2.065 adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies reconnaît l'existence d'un « conflit de souveraineté » entre le Royaume-Uni et l'Argentine sur les îles Malouines, évoquant une situation coloniale. L'ONU appelle les deux pays à résoudre ce différend en tenant compte de l'intérêt des insulaires.
La guerre de 1982 et ses conséquences
Le 2 avril 1982, les forces argentines du général Leopoldo Fortunato Galtieri, qui joue la survie de la junte militaire, débarquent sur l'archipel. Face à une centaine de soldats britanniques, les Argentins occupent rapidement le territoire, mais la réponse de la Première ministre de l'époque, Margaret Thatcher, ne se fait pas attendre. Le 14 juin, le Royaume-Uni remporte la guerre des Malouines et garde le territoire. Le conflit, qui précipite la chute de la junte militaire argentine, a fait 750 morts dans le camp argentin et 254 morts côté britannique.
Depuis cette guerre perdue, la souveraineté de l'archipel est restée un enjeu majeur pour les dirigeants argentins. Chaque 2 avril, l'Argentine commémore les vétérans et les combattants morts durant le conflit. La journée est même fériée depuis 2006. Le 10 juin, le pays célèbre également la « journée de la réaffirmation des droits argentins sur les Îles Malvinas, Géorgie du Sud et Sandwich du Sud ainsi que sur le Secteur Antarctique ». « La défense énergique et la revendication infatigable de cette cause pendant plus d'un siècle d'histoire ont façonné un nationalisme affirmé dans son caractère territorial », décrypte ainsi Dario Rodriguez, dans son article, pointant une « relation passionnelle et narcissique entre les Argentins et leur territoire ».
Un consensus national argentin
« Tous les responsables politiques sont sur cette ligne, cela va de soi, c'est un marqueur identitaire, poursuit le chercheur, c'est un peu comme soutenir l'équipe de football », expliquait encore Christophe Ventura, spécialiste de l'Amérique latine et directeur de recherche à l'IRIS, l'Institut de Relations internationales et stratégiques, dans le Figaro en 2023, pointant un « consensus national ». Entre Londres et Buenos Aires, le sujet reste brûlant. En 2023, Javier Milei, nouvellement élu, déclare que l'Argentine a « une souveraineté non négociable sur les Malouines », proposant un scénario semblable à celui de Hongkong, rétrocédé à la Chine en 1997. Mais le Royaume-Uni ne compte pas céder, rappelant la souveraineté britannique du territoire et « le droit à l'autodétermination des habitants ». En 2013, un référendum avait en effet confirmé à 99,8 %, avec 92 % de participation, la volonté des quelque 3.000 habitants de l'archipel de rester un territoire britannique d'outre-mer, alors que la bonne santé économique de l'île dépend de l'immense base militaire anglaise installée sur place.
La position américaine sous Trump
Récemment, la position de l'administration Trump pourrait encore jeter de l'huile sur ce feu mal éteint. Selon un courrier interne du Pentagone, révélé en avril par Reuters, les États-Unis envisageraient de réévaluer le soutien diplomatique aux « possessions impériales » européennes de longue date, parmi lesquelles, les îles Malouines. « Nous faisons tout ce qui est humainement possible pour que les Malouines argentines […] reviennent entre les mains de l'Argentine. Nous progressons comme jamais auparavant », s'était réjoui Javier Milei.



