Une idylle mythique revisitée par la propagande
L'union tragique du consul et général romain Marc Antoine et de la reine d'Égypte Cléopâtre continue de nourrir notre imaginaire. Pourtant, presque tout ce qu'on connaît de ce « couple puissant » est le fruit d'une propagande politique, révèle une série du Nouvel Obs intitulée « L'amour contre les préjugés ».
Dans le film Cléopâtre (1963) de Joseph L. Mankiewicz, les amants sont incarnés par Richard Burton et Elizabeth Taylor, deux stars alors sulfureuses pour leur liaison extraconjugale durant le tournage. Le tollé médiatique, incluant une prise de position du Vatican, fait écho à la réprobation massive que le vrai couple a suscitée dans la Rome antique.
Une relation dès l'enfance
Le film montre Cléopâtre déclarant à Antoine : « Dès le premier jour à Rome, je me suis souvenue de toi. Je n'avais que 12 ans et je t'aimais. » Antoine lui répond qu'il se consumait de désir pour elle depuis le premier instant où il l'a vue à Rome, alors qu'elle était la maîtresse de Jules César et lui le maître de cavalerie de ce dernier.
Cette idylle glamour, née en 41 av. J.-C. sous le soleil d'Alexandrie, a engendré trois enfants et inspiré romans, poèmes, pièces de théâtre et films. Mais selon Arnaud Gonzague, auteur de l'article, les récits historiques sont biaisés par la propagande politique de l'époque.
Des attaques xénophobes et politiques
Les attaques contre Antoine et Cléopâtre étaient à la fois xénophobes et très politiques. Les Romains voyaient en Cléopâtre une reine orientale dangereuse, et en Antoine un traître qui abandonnait les valeurs romaines pour une vie de luxe égyptien. Cette vision a été amplifiée par les ennemis politiques d'Antoine, notamment Octave (futur Auguste), qui a utilisé cette relation pour discréditer son rival.
Le mythe romantique que nous connaissons aujourd'hui est donc largement une construction postérieure, idéalisée par la culture populaire, mais bien éloignée de la réalité historique marquée par la guerre et la propagande.



