Plus de 90 incendies simultanés ont ravagé le nord de l'Algérie depuis lundi, faisant au moins 65 morts, dont 28 soldats, et plus de 200 blessés, selon un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur. Les flammes, attisées par des vents violents et une canicule exceptionnelle, ont détruit des milliers d'hectares de forêts et de maquis, principalement en Kabylie, une région montagneuse à l'est d'Alger.
Des actes criminels suspectés
Le président Abdelmadjid Tebboune a dénoncé une « criminalité organisée » derrière ces feux, évoquant des « mains criminelles » qui auraient allumé les incendies simultanément. Le ministre de la Justice, Abderrachid Tabi, a annoncé l'ouverture d'une enquête pour « incendie volontaire » et « homicide involontaire ». Selon des sources sécuritaires, plusieurs arrestations ont eu lieu, notamment dans la wilaya de Tizi Ouzou, épicentre de la catastrophe.
Un pays sous le choc
Les images de villages entiers dévastés, de forêts calcinées et de familles endeuillées ont provoqué une onde de choc dans le pays. À Ath Yenni, dans la wilaya de Tizi Ouzou, un habitant témoigne : « C'est l'enfer. Nous avons perdu des proches, nos maisons, nos oliviers centenaires. Tout est parti en fumée en quelques heures. »
Les secours, déployés massivement, ont été dépassés par l'ampleur des sinistres. L'armée a mobilisé des hélicoptères et des moyens terrestres, tandis que la protection civile a évacué des centaines de personnes. La France et l'Union européenne ont proposé leur aide, rejetée dans un premier temps par Alger.
Une saison des feux précoce et intense
L'Algérie connaît chaque été des incendies, mais cette année, le phénomène est d'une intensité inédite. Selon la météorologie nationale, les températures ont dépassé les 45°C dans plusieurs régions, avec des vents de sirocco atteignant 80 km/h. Ces conditions extrêmes ont favorisé la propagation rapide des flammes.
Les experts pointent également le manque de moyens de prévention et de lutte, ainsi que la sécheresse persistante liée au changement climatique. « Nous assistons à une multiplication des feux de forêt, avec des saisons qui s'allongent et des intensités plus fortes », explique un spécialiste en écologie forestière.
Une mobilisation citoyenne
Face à la catastrophe, une vague de solidarité a émergé. Des milliers de bénévoles, notamment via les réseaux sociaux, se sont organisés pour collecter des dons (nourriture, eau, vêtements) et héberger les sinistrés. À Bejaia, des jeunes ont formé des convois pour acheminer de l'aide dans les zones les plus reculées.
Le gouvernement a débloqué une enveloppe de 10 milliards de dinars (environ 62 millions d'euros) pour l'indemnisation des victimes et la reconstruction. Mais l'émotion reste vive, et des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de préparation des autorités face à ce type de catastrophe.
Un contexte politique tendu
Ces incendies surviennent dans un climat politique déjà fragile, marqué par le mouvement de contestation du Hirak et la crise sanitaire. Le pouvoir a appelé à l'unité nationale, mais l'opposition dénonce une gestion défaillante. « Le gouvernement doit rendre des comptes. Ces feux sont aussi le résultat de décennies de négligence et de corruption », a déclaré un responsable de l'opposition.
Alors que l'enquête se poursuit, les regards sont tournés vers les prochains jours, où les conditions météorologiques pourraient encore aggraver la situation. Les autorités appellent à la vigilance et rappellent que la lutte contre les incendies est une priorité nationale.



