Le président américain Donald Trump a dévoilé mardi une nouvelle série de tarifs douaniers visant le secteur agricole canadien, marquant une escalade significative dans la guerre commerciale entre les deux pays. Les droits de douane, qui atteindront 25% sur une large gamme de produits agricoles, entreront en vigueur le 1er septembre 2026, selon un décret présidentiel publié à la Maison Blanche.
Des produits ciblés allant du blé au sirop d'érable
La liste des produits concernés comprend le blé, l'orge, le canola, le maïs, le soja, ainsi que des produits transformés comme le sirop d'érable, le vin et les spiritueux. Au total, plus de 200 catégories de produits sont visées, représentant environ 12 milliards de dollars canadiens d'exportations annuelles, selon les estimations du ministère canadien de l'Agriculture.
Dans un communiqué, la Maison Blanche a justifié cette mesure par la nécessité de protéger les agriculteurs américains contre ce qu'elle qualifie de « pratiques commerciales déloyales » du Canada, notamment en matière de subventions agricoles et de barrières non tarifaires. « Le Canada profite depuis trop longtemps du système commercial mondial aux dépens de nos agriculteurs. Cette action mettra fin à cette injustice », a déclaré le président Trump lors d'une conférence de presse.
Réaction outrée d'Ottawa
Le gouvernement canadien a immédiatement réagi, dénonçant des mesures « injustifiées et disproportionnées ». La ministre canadienne du Commerce extérieur, Mary Ng, a annoncé que le Canada déposerait une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et imposerait des contre-mesures sur des produits américains d'une valeur équivalente. « Ces tarifs sont une attaque directe contre les familles d'agriculteurs canadiens et contre l'accord commercial que nous avons signé. Nous ne resterons pas les bras croisés », a-t-elle déclaré devant le Parlement.
Les provinces canadiennes les plus touchées sont le Saskatchewan, le Manitoba et l'Alberta, qui exportent massivement du blé et du canola vers les États-Unis. Le premier ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a qualifié cette décision de « coup dur pour notre économie » et a appelé le gouvernement fédéral à réagir fermement.
Impact sur les prix alimentaires
Les experts prévoient que ces tarifs auront des répercussions sur les prix alimentaires des deux côtés de la frontière. « Les consommateurs américains paieront plus cher pour le sirop d'érable, le vin canadien et les produits à base de blé, tandis que les agriculteurs canadiens verront leurs revenus chuter », explique Jean-Pierre Dubois, économiste à l'Université de Montréal, cité par le journal. Selon une étude préliminaire du Conference Board du Canada, ces mesures pourraient entraîner une baisse de 2% du PIB agricole canadien en 2027.
Un contexte de tensions croissantes
Cette offensive tarifaire s'inscrit dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre les États-Unis et le Canada depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en 2025. En mars dernier, Washington avait déjà imposé des tarifs de 25% sur l'acier et l'aluminium canadiens, provoquant des représailles d'Ottawa. Le secteur agricole, jusqu'ici épargné, devient désormais le nouveau champ de bataille.
Les négociations pour renégocier l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), prévues pour 2026, sont également menacées. Le Canada espérait obtenir des concessions sur les règles d'origine et les subventions agricoles, mais ces nouveaux tarifs compliquent la donne. « C'est une escalade dangereuse qui pourrait déstabiliser l'ensemble de l'économie nord-américaine », avertit Mary Ng.



