L’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas et la Belgique ont apporté leur soutien à la proposition d'Emmanuel Macron de créer « l'équivalent d'une section 301 à l'européenne », cet outil juridique utilisé par les États-Unis pour imposer des droits de douane ou des restrictions commerciales à des partenaires accusés de pratiques déloyales. L'objectif du président français est de permettre à l'Union européenne de réagir plus rapidement et plus efficacement face à certaines importations jugées problématiques pour l'industrie européenne, en particulier face à la Chine, accusée par plusieurs responsables européens de vendre certains produits à des prix artificiellement bas grâce à ses subventions publiques.
Un appel à la souveraineté économique
« Il n’y a aucune raison pour que, lorsque notre souveraineté est en jeu, nous ne réagissions pas », avait déclaré Emmanuel Macron le 22 mai dernier. « Nous devons assumer des mesures de défense, c'est-à-dire de sauvegarde, de préférence européenne », avait-il ajouté. À l'occasion du Conseil européen qui débute ce jeudi à Bruxelles, ces quatre pays réclameront, aux côtés de Paris, qu'un mécanisme juridique dotant l’UE de ce nouveau pouvoir soit instauré, a appris le Financial Times de sources diplomatiques.
Des outils jugés insuffisants
Si les contours exacts du futur mécanisme restent à définir, plusieurs responsables européens estiment qu'il devra aller au-delà d'un simple outil de diversification des approvisionnements. « Il faudra probablement aussi un instrument de protection », a ainsi déclaré un haut diplomate européen au quotidien britannique. « Si la Chine, ou [tout autre] pays, détient une position dominante sur le marché, supérieure à 40 ou 50 %, susceptible de menacer notre sécurité économique, alors il faudra peut-être aussi recourir à des droits de douane », a-t-il ensuite estimé.
Cette volonté de légiférer trouve ses racines dans le fait que de nombreux États européens jugent que les mécanismes de protection commerciale dont dispose l'UE sont désormais obsolètes. Même son de cloche du côté du diplomate interrogé par le FT qui assure que l'arme la plus puissante de l'arsenal européen, à savoir les mesures de sauvegarde, a entraîné d'immenses dommages collatéraux car elle ne permet pas de cibler un pays en particulier mais plutôt un produit à l'échelle mondiale.
Bruxelles a récemment renforcé la protection de son industrie sidérurgique en réduisant de moitié certains quotas d'importation bénéficiant de faibles droits de douane et en appliquant une taxe de 50 % au-delà de ces seuils. Résultat : de fortes tensions avec plusieurs partenaires commerciaux. Quant à l'instrument anti-coercition européen, souvent présenté comme le « bazooka économique » de l'Union, il n'a encore jamais été utilisé. Plusieurs responsables européens le jugent complexe à mettre en œuvre.
Une relation de plus en plus tendue avec Pékin
Cette volonté européenne de créer un nouvel outil de défense commerciale s'inscrit dans un contexte de tensions avec la Chine. Ces derniers mois, les relations se sont encore détériorées, l'UE faisant face à un déficit commercial massif avec Pékin et à des inquiétudes croissantes quant à la désindustrialisation du continent. « Nous restons, par principe, favorables au libre-échange et à l’OMC, mais nous ne sommes plus naïfs », a déclaré une source diplomatique au journal britannique. « Si vous lisez le plan quinquennal de la Chine, c’est une attaque contre le marché. La Chine a décidé de ne plus rien importer et de subventionner sa surcapacité, en inondant nos marchés de produits à des prix de dumping », a-t-il poursuivi, assurant que cela mettrait 50 % de notre industrie à risque.
De son côté, la Commission européenne travaille sur un « instrument de diversification » qui obligerait les entreprises à multiplier leurs sources d'approvisionnement afin de réduire leur dépendance à l'égard de la Chine dans des secteurs stratégiques comme les terres rares ou les batteries. Une réponse à ce que l'OCDE décrit comme un recours massif aux subventions chinoises, même si Pékin rejette systématiquement ces accusations. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s'est elle aussi prononcée en faveur de plus de fermeté avec la Chine : « Nous devons renforcer notre propre résilience dans les domaines de l'industrie manufacturière, de la technologie, de l'énergie et de la défense. Cela implique de créer les conditions propices à l'épanouissement de l'industrie. Et de veiller à disposer des outils adéquats pour protéger notre marché lorsque cela s'avère nécessaire », a-t-elle déclaré depuis le sommet du G7 à Évian. Toutefois, certains États européens restent plus craintifs à l'idée de cristalliser les tensions avec Pékin, craignant des représailles. D'autant plus que la Chine a déjà augmenté les droits de douane sur certains produits en provenance de l'Union et restreint ses exportations de matières premières critiques. Depuis juillet 2025, par exemple, le pays applique des droits antidumping de 32,2 % en moyenne aux importations européennes d'eau-de-vie de vin, principalement le cognac.



