Le Parlement italien a franchi une étape décisive en votant, le 8 août dernier, la création d'un organisme dédié au soutien du cinéma national, directement inspiré du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) français. Cette décision, saluée par les professionnels du secteur, vise à doter l'Italie d'un outil de financement et de régulation comparable à celui qui a fait ses preuves en France.
Un vote historique pour le cinéma italien
La mesure a été adoptée dans le cadre d'un décret-loi sur la culture, marquant une avancée majeure pour une industrie qui pèse pourtant lourd dans l'économie italienne. Selon les données du ministère de la Culture, le cinéma italien a généré plus de 600 millions d'euros de recettes en 2024, mais souffre d'un manque structurel de financements publics par rapport à ses voisins européens.
Le nouveau dispositif, dont les contours précis seront définis par décret d'ici la fin de l'année, aura pour mission principale de centraliser les aides à la production, à la distribution et à l'exportation des films italiens. Il s'inspirera directement du modèle français, qui repose sur une taxe prélevée sur les billets de cinéma et les chaînes de télévision, redistribuée ensuite aux producteurs indépendants.
Une réponse à la crise du secteur
Cette initiative intervient dans un contexte difficile pour le cinéma italien, confronté à la concurrence des plateformes de streaming et à une baisse de fréquentation des salles. En 2024, les entrées ont chuté de 12 % par rapport à 2019, et la part de marché des films italiens n'atteint que 23 %, contre 40 % en France. Les professionnels espèrent que ce nouvel organisme permettra de inverser la tendance.
« C'est une victoire pour toute la filière. Nous avons besoin d'un outil puissant pour défendre notre diversité culturelle et accompagner nos talents », a déclaré le sénateur Dario Franceschini, ancien ministre de la Culture et fervent promoteur du projet. Il a également souligné que « le CNC français est un modèle d'efficacité, et l'Italie doit s'en inspirer pour soutenir ses auteurs et ses producteurs ».
Les modalités de financement en débat
Reste à déterminer la source de financement de ce futur organisme. Plusieurs pistes sont évoquées : une taxe sur les plateformes de streaming, déjà partiellement en vigueur, ou une contribution des chaînes de télévision privées. Le gouvernement devra trancher, mais les discussions s'annoncent houleuses, les diffuseurs privés s'opposant à toute nouvelle charge.
En attendant, les acteurs du secteur se réjouissent de cette avancée. « C'est un signal fort envoyé à l'Europe : l'Italie prend enfin conscience de l'importance stratégique de son cinéma », a commenté le producteur Paolo Sorrentino, oscarisé pour « La grande bellezza ». Il a ajouté : « Nous avons des talents, des histoires, et maintenant nous aurons les moyens de les porter à l'international ».
Un impact potentiel sur l'emploi et le rayonnement culturel
Au-delà des chiffres, la création de ce CNC italien pourrait avoir des retombées significatives sur l'emploi. Le secteur audiovisuel italien emploie directement plus de 40 000 personnes, et chaque euro investi dans le cinéma génère en moyenne 2,5 euros de retombées économiques, selon une étude de l'Université Bocconi. Les régions, comme la Sicile ou la Toscane, qui accueillent de nombreux tournages, attendent beaucoup de cette nouvelle dynamique.
Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large en Europe, où plusieurs pays, dont l'Espagne et l'Allemagne, ont renforcé leurs dispositifs de soutien au cinéma. La France, avec son CNC créé en 1946, reste une référence, et le choix de l'Italie de s'en inspirer est un signe de convergence des politiques culturelles au sein de l'Union européenne.
Prochaines étapes
Le décret d'application devra être publié dans les prochains mois, et les premières mesures concrètes sont attendues dès 2026. Les professionnels espèrent que le nouvel organisme pourra rapidement être opérationnel pour accompagner les projets en préparation, notamment ceux qui seront présentés à la Mostra de Venise en septembre. En attendant, les regards se tournent vers le gouvernement, qui devra arbitrer les modalités de financement et nommer les dirigeants de cette future institution.
Pour les cinéastes italiens, l'espoir est grand. « Avec un CNC à l'italienne, nous pourrons enfin rivaliser avec les grands pays producteurs et faire rayonner notre culture dans le monde entier », a conclu Paolo Sorrentino. L'histoire du cinéma italien, riche de chefs-d'œuvre, pourrait ainsi entamer un nouveau chapitre.



