Dans un entretien accordé à plusieurs médias allemands, le chef de file de la CDU, Friedrich Merz, a déclaré qu'il n'était pas opposé à ce que des concurrents chinois reprennent des usines automobiles en Allemagne. Cette position, qui contraste avec la ligne défensive adoptée par l'Union européenne vis-à-vis des subventions chinoises dans le secteur automobile, a suscité de vives réactions.
Une ouverture inattendue
« Je ne suis pas fondamentalement opposé à ce que des entreprises chinoises reprennent des usines en Allemagne, à condition que les conditions soient équitables et que les emplois soient préservés », a affirmé Friedrich Merz. Il a précisé que cette ouverture ne concernait pas uniquement le secteur automobile, mais s'inscrivait dans une volonté de maintenir l'attractivité industrielle de l'Allemagne.
Cette déclaration intervient alors que plusieurs constructeurs allemands, confrontés à la transition vers l'électrique et à une concurrence accrue, envisagent de fermer des sites de production. Selon une étude récente, près de 20 % des usines automobiles en Allemagne sont menacées de fermeture d'ici 2030 si aucune solution de reprise n'est trouvée.
Un contexte tendu avec la Chine
Les propos de Merz interviennent dans un climat de tensions commerciales entre l'UE et la Chine. Bruxelles a récemment imposé des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois, accusant Pékin de subventions déloyales. En réponse, la Chine a lancé une enquête antidumping sur les importations de certains produits européens.
« Il ne s'agit pas de laisser la Chine démanteler notre industrie, mais de trouver des solutions pragmatiques pour préserver les sites de production et l'emploi », a tempéré Merz, tout en reconnaissant que la reprise par des concurrents chinois pourrait être « une option parmi d'autres ».
Réactions politiques
La position de Merz a été critiquée par certains responsables politiques allemands, notamment au sein du SPD et des Verts. « C'est un signal dangereux. Nous ne pouvons pas laisser nos technologies et nos emplois partir en Chine sans garanties solides », a réagi un porte-parole du ministère de l'Économie.
En revanche, le patronat allemand a salué l'ouverture de Merz. « L'Allemagne a besoin d'investissements, et la Chine est un partenaire économique majeur. Il est temps de dépasser les discours protectionnistes », a déclaré le président de la Fédération des industries allemandes (BDI).
Quelles conséquences pour l'industrie ?
Si cette position venait à être adoptée par le gouvernement allemand, elle pourrait ouvrir la voie à des acquisitions d'usines par des groupes chinois comme BYD ou Geely. Ces entreprises cherchent à étendre leur présence en Europe pour contourner les barrières douanières. Selon des experts, une telle évolution pourrait permettre de sauver jusqu'à 50 000 emplois directs dans le secteur automobile allemand.
Cependant, des inquiétudes subsistent quant au transfert de technologies et à la dépendance vis-à-vis de la Chine. « Il faut encadrer ces reprises pour éviter que l'Allemagne ne devienne un simple atelier de montage pour les constructeurs chinois », avertit un analyste du secteur.



