Entretien Macron : records d'investissements étrangers et guerre commerciale
Macron : records d'investissements et guerre commerciale

Le président de la République, Emmanuel Macron, a accordé un entretien exclusif à Midi Libre et à d'autres titres de la presse régionale, à la veille de la 8e édition du Sommet Choose France. Il y dévoile des chiffres records d'investissements étrangers et livre son analyse de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump.

Un nombre inédit d'investissements étrangers

Emmanuel Macron annonce que lundi, lors du Sommet Choose France au Château de Versailles, un "nombre inédit d'investissements" sera dévoilé. "Plus d'une cinquantaine" de projets, notamment dans l'intelligence artificielle, la transition énergétique, l'économie circulaire et le tourisme, seront présentés. Le chef de l'État précise que "on passera le cap des 20 milliards d'euros d'investissements", contre 15 milliards l'an dernier, 13 milliards en 2023 et 6,8 milliards en 2022.

Depuis le lancement de Choose France en 2018, 178 projets d'investissements étrangers ont été annoncés, dont seulement 11 ont été abandonnés, souligne le président. La France reste le pays le plus attractif d'Europe avec 1 025 projets d'investissements annoncés par des entreprises étrangères l'an dernier, devant l'Allemagne (608) et le Royaume-Uni (853), selon le dernier baromètre EY publié jeudi.

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Des bémols sur l'emploi et la concurrence

Malgré ces chiffres, Emmanuel Macron reconnaît que les investissements étrangers créent moins d'emplois en France. "On est premier en montant d'investissements et troisième en créations d'emplois", note-t-il. En 2024, les entreprises étrangères ont même détruit plus d'emplois qu'elles n'en ont créés. La France recule dans le classement 2024, comme les autres pays européens, car de nombreux investisseurs se tournent vers les États-Unis.

"Tous les investissements en Europe baissent. On voit bien qu'on a un sujet, aujourd'hui, de compétitivité de l'Europe", admet Emmanuel Macron. Il pointe l'écart de croissance et de créations d'emplois entre les États-Unis et l'Europe, attribué à un problème d'innovation. L'Europe a aussi subi la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine et l'impact de l'Inflation Reduction Act de Joe Biden, qualifié d'"acte très agressif" par le président.

La concurrence chinoise et la protection européenne

Emmanuel Macron dénonce également la "politique très agressive de la Chine" qui a bousculé certains secteurs. Il appelle à une protection des entreprises européennes, notamment dans l'automobile, les panneaux solaires et l'acier. "Par exemple quand on laisse les véhicules chinois rentrer alors qu'ils sont sursubventionnés par rapport aux véhicules européens, on doit pouvoir bloquer", affirme-t-il.

Concernant ArcelorMittal, le président rappelle que l'entreprise suit les exigences européennes mais subit une concurrence déloyale. Il annonce travailler avec la Commission européenne pour protéger les secteurs des batteries et des véhicules électriques, en promouvant leur compétitivité et en bloquant la concurrence déloyale asiatique.

Stratégie de relance et simplification

Emmanuel Macron prône une "stratégie de relance" au niveau européen, avec des simplifications, un approfondissement du marché unique, une politique énergétique plus offensive et une protection renforcée du marché intérieur. Il insiste sur la nécessité de "bloquer la concurrence déloyale asiatique".

Guerre commerciale avec Trump : entre attente et riposte

Interrogé sur l'impact de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, Emmanuel Macron se dit dans "une période d'attente" pendant les quatre-vingt-dix jours où les droits de douane américains sont plafonnés à 10 %. "Est-ce que ces droits de douane auront un impact macroéconomique fort, c'est trop tôt pour le dire, mais très clairement ils ont un impact sur un tas de secteurs qui étaient exportateurs, cela dépend de leur capacité à baisser les prix ou pas, pour l'instant ça gèle certains projets", explique-t-il.

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Concernant l'investissement de Sanofi de 20 milliards aux États-Unis, Emmanuel Macron tempère : "Ils n'ont annoncé aucun euro nouveau, ils ont récapitulé les investissements qui étaient en cours et ils font à peu près la même chose en France en montant d'investissement." Il ajoute que Sanofi a voulu montrer qu'elle ne se désintéressait pas du tissu productif américain pour éviter des sanctions ad hoc.

Le président estime que "l'impact de cette politique tarifaire n'est pas bon pour l'économie mondiale, mais nous ne sommes pas aujourd'hui les plus touchés et ce qui est sûr, c'est que cela détruit de la croissance américaine". Il entrevoit même une croissance "nulle, voire en début de récession" aux États-Unis, qualifiant la politique de Trump d'"insoutenable".

La riposte européenne en préparation

Les Vingt-Sept espèrent trouver un terrain d'entente avec Washington. "Nous sommes dans une approche pragmatique, on veut négocier et trouver le meilleur accord possible", déclare Emmanuel Macron. Il précise que la Commission européenne négocie au nom des États membres, tout en préparant "un paquet, si besoin était, de riposte". Les secteurs frappés à 25 % par les taxes Trump (acier, aluminium, automobile) "nécessitent une réponse que la commission est en train de préparer", prévient-il.