Accord sur les droits de douane : l'UE s'est-elle vraiment fait avoir par Donald Trump ? Un expert nous aide à y voir plus clair
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Donald Trump, président des États-Unis, ont annoncé avoir trouvé un accord sur les droits de douane ce dimanche 27 juillet 2025. Bonne ou mauvaise nouvelle pour l'Europe ? Stéphanie Villers, économiste chez PwC France, nous aide à y voir plus clair sur cet accord.
Ce qu'il faut retenir
L'accord signé dimanche entre l'UE et les États-Unis impose une taxe douanière de 15 % sur tous les biens européens, contre 10 % auparavant ; certains secteurs étaient déjà à 25 %. Les exceptions à cette règle restent floues. Pour la France, cette hausse représente un choc de compétitivité (environ +25 % sur les prix finaux) mais reste absorbable car les exportations vers les États-Unis sont limitées comparé au marché intra-européen. Jugé déséquilibré, l'accord ignore les services dominés par les GAFAM. Bruxelles, et notamment Ursula von der Leyen, est accusée d'avoir favorisé les intérêts allemands au détriment de l'unité européenne.
Que contient précisément l'accord commercial signé ce dimanche entre l'UE et les USA ?
Désormais, tous les biens européens exportés aux États-Unis seront taxés de 15 %. Il y a certainement des exceptions, mais on ne les connaît pas. Jusqu'à présent, les produits européens étaient taxés à hauteur de 10 %, sauf certains secteurs comme l'automobile, l'aéronautique et l'aluminium qui l'étaient à 25. Il s'agit donc d'une mauvaise nouvelle pour la France…
C'est effectivement une mauvaise nouvelle, mais il faut la remettre en perspective. Nous ne sommes pas des grands exportateurs vis-à-vis des États-Unis. Ce que l'on exporte, ce sont des vins, des spiritueux, des produits pharmaceutiques et de la cosmétique. Avant l'arrivée de Donald Trump, les droits de douane étaient en dessous de 2 %. Aujourd'hui, ils passent à 15 %. Les prix des produits français vendus sur le territoire américain augmentent, sans compter que le dollar s'est déprécié. En fait, les produits français exportés aux États-Unis se prennent globalement une hausse de 25 %, ce qui est effectivement beaucoup. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que l'on exporte 7 fois plus au sein de l'Union européenne qu'aux États-Unis. Au niveau de l'économie française, ce n'est pas une bonne nouvelle, mais c'est absorbable.
« L'échange n'a pas été loyal »
Peut-on être déçus de la tournure qu'a pris l'échange ? L'échange n'a pas été loyal. Donald Trump ne parle jamais des services, mais les GAFAM (Google, Amazon…) ont complètement vassalisé l'économie européenne. Il fallait mettre l'ensemble de nos échanges dans la balance. Les biens exportés mais aussi tous les services importés qui eux, ne sont pas taxés. On ne peut pas dire que c'est un bon accord. Économiquement parlant, l'Union européenne est une puissance importante, on était tout à fait en capacité d'avoir un rapport de force équilibré. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a davantage défendu, je pense, les intérêts allemands. L'Allemagne est très exportatrice vis-à-vis des États-Unis. L'accord pris par Bruxelles n'est pas un bon accord pour la France. Même si ça ne va pas nous déstabiliser, il y a une forme de déception. On était 27 pays face aux États-Unis, on représentait un vrai poids et la Commission européenne n'a pas joué la carte de la force de frappe qu'on pouvait avoir. C'est compliqué, après, de se considérer européen. Cet accord était un moment crucial pour la construction de l'Europe et de l'esprit européen.
Les consommateurs américains sont-ils les grands perdants ?
Oui, ce sont eux qui vont payer leurs produits plus chers. Il faut voir, sur le moyen terme, si ces droits de douane vont être acceptés par les citoyens américains. Là encore, Donald Trump ne tient pas ses engagements vis-à-vis de l'opinion publique. Il a été élu avec l'engagement de lutter contre l'inflation. C'est le contraire de ce qu'il est en train de faire.



