Critiqué en France, l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur est entré en vigueur ce vendredi, de façon provisoire. Ce traité, fruit de plus de 25 ans de tractations ardues, va créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs. Les premières conséquences de son application sont immédiates, d’après Bruxelles.
« Les avantages sont réels et déjà perceptibles. Les droits de douane commencent à baisser. Les entreprises accèdent à de nouveaux marchés. Les investisseurs bénéficient de la prévisibilité dont ils ont besoin », a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur son compte X. Dès vendredi, les droits de douane sur les voitures, produits pharmaceutiques ou le vin, que l’UE exporte vers l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay seront « supprimés ou considérablement réduits ». « C’est une grande journée », a salué le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qualifiant cet accord d’« historique ».
Fortes oppositions françaises à l’accord
Plébiscité par Bruxelles, l’Espagne et l’Allemagne, cet accord est vivement dénoncé par la France et le monde agricole. « C’est en réalité une journée bien sombre », rétorque l’eurodéputée française Manon Aubry à l’AFP. Les agriculteurs européens « vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais », alerte l’élue de gauche radicale, très investie sur ce dossier.
Cet accord commercial a fait l’objet d’innombrables rebondissements depuis les premières négociations, lancées à la fin des années 1990. Et pour cause : les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets. Pour ses partisans, ce texte va permettre de relancer l’économie européenne, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des États-Unis.
Pour ses détracteurs, le risque est au contraire de bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants. On retrouve ici la France, la Pologne, et de nombreux agriculteurs.
Diversifier les partenariats
Dans l’espoir d’amadouer ce camp, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles. Mais rien n’y a fait. Équipés de tracteurs, fumigènes et drapeaux, les agriculteurs sont venus crier leur colère dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen. Et le traité de libre-échange, qui facilite l’entrée en Europe de bœuf, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées, a finalement été signé mi-janvier.
Le Parlement européen a, dans la foulée, saisi la justice pour vérifier la légalité de l’accord. En attendant cette décision de la Cour de justice de l’UE, d’ici peut-être plus d’un an, la Commission a décidé d’appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu’elle est en droit de faire. Une décision là encore critiquée par la France – son président Emmanuel Macron a parlé d’une « mauvaise surprise » – et les agriculteurs.
Au sein des cortèges du monde agricole, Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, se faisant vilipender nommément. Celle-ci rétorque que l’UE n’a d’autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux face au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Elle a donc aussi scellé un accord commercial avec l’Inde fin janvier et avec l’Australie en mars. Pour marquer l’entrée en vigueur de celui du Mercosur vendredi, la cheffe de l’exécutif européen échangera, aux côtés du président du Conseil européen, António Costa, par visioconférence, avec les dirigeants des pays du Mercosur.



