Colombie : Abelardo de la Espriella remporte l'élection présidentielle
Colombie : Abelardo de la Espriella élu président

L'Amérique latine a basculé un peu plus à l'extrême droite, dimanche 21 juin. Selon les premiers résultats de l'élection présidentielle en Colombie, c'est le millionnaire d'extrême droite, Abelardo de la Espriella, 47 ans, qui remporte le scrutin. Ce soutien déclaré de Donald Trump, qui a reçu son appui en retour, l'emporte avec 49,7 % des voix, contre 48,7 % pour le sénateur de gauche Ivan Cepeda, son rival. L'annonce intervient alors qu'au même moment, le Pérou attend les résultats d'une élection présidentielle très disputée, donnant favorite la candidate de droite Keiko Fujimori.

Le parcours d'un homme d'affaires devenu président

Abelardo de la Espriella, avocat, patrons de plusieurs entreprises et millionnaire, a promis un programme de sécurité intransigeant et des politiques favorables au marché. Surnommé "Le Tigre" par ses partisans, il se présente comme un sauveur "anti-système", capable de relancer une économie colombienne chancelante, et de rétablir l'ordre dans un pays secoué par des groupes armés illégaux et le trafic de drogue.

Discours sur la criminalité

Le candidat a commencé à gagner en popularité dès le début de l'année grâce à son discours intransigeant sur la criminalité et l'influence des groupes militaires armés. Il a remporté la victoire au premier tour fin mai avec 43,7 % des voix. Abelardo de la Espriella a souvent été comparé à Nayib Bukele, président du Salvador qui se surnomme lui-même "le dictateur le plus cool du monde". Ce dernier a mis en place des politiques sécuritaires répressives et des méga-prisons qui ont permis de faire baisser le taux de criminalité au Salvador. Mais le président salvadorien est souvent accusé de violations des droits humains et de détention arbitraire. Tout en niant vouloir imiter Nayib Bukele, Abelardo de la Espriella a proposé dix méga-prisons en Colombie.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un programme économique radical

Accusant l'ancien président sortant Gustavo Petro d'être responsable des problèmes économiques et sécuritaires de la Colombie, il a conquis une majorité d'électeurs en promettant de réduire la taille de l'État de 40 %. Il prévoit également de relancer l'exploration pétrolière et d'autoriser la fracturation hydraulique afin de quasiment doubler la production, pour atteindre 1,3 million de barils par jour.

Empire commercial controversé

Outre son métier d'avocat, le nouveau président colombien possède un vaste empire commercial dans le domaine du vin, du rhum, de l'habillement et de l'immobilier. Le média d'investigation La Silla Vacia a révélé que bon nombre de ses entreprises ont été dissoutes, sont endettées et ont globalement enregistré des pertes en 2024, son cabinet d'avocats étant son activité la plus rentable. Son activité juridique est aussi critiquée, puisque Abelardo de la Espriella, en tant qu'avocat a défendu des personnes impliquées dans des affaires de corruption, de détournement de fonds et des groupes paramilitaires d'extrême droite, bien qu'il affirme que ses relations professionnelles n'impliquent aucun soutien. Père de quatre enfants et marié, il a grandi à Monteria, dans les Caraïbes, et possède la nationalité américaine, italienne et colombienne. Il doit prendre ses fonctions le 7 août.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

À droite toute

La Colombie et le Pérou rejoignent ainsi l’Argentine, le Chili, l’Équateur, la Bolivie et le Panama dans leur virage à droite, marquant un renversement radical de la "vague rose", qui avait porté au pouvoir plusieurs gouvernements de gauche au début des années 2020, dont celui de Gustavo Petro, premier président de gauche de la Colombie. Dans toute la région, la faiblesse des économies et la montée de la criminalité ont redéfini les priorités des électeurs. Des candidats d’extrême droite, autrefois marginaux, ont gagné du terrain en promettant des politiques sécuritaires plus répressives, dans un contexte mondial marqué par la progression du nationalisme de droite et par la volonté du président Donald Trump de renforcer l’influence des États-Unis dans la région. En Argentine, au Chili, au Pérou et en Colombie, les dirigeants de droite ont gagné en popularité en promettant des baisses d’impôts, un État moins interventionniste et un assouplissement de la réglementation dans le secteur minier et celui des énergies fossiles. Cependant, nombre d’entre eux sont confrontés à d’importants déficits budgétaires, les contraignant à mettre en œuvre des coupes budgétaires impopulaires qui ont déclenché des manifestations d'ampleur, comme en Argentine contre le gouvernement de Javier Milei.