Pour la troisième fois cette semaine, des drones ukrainiens ont frappé des entrepôts appartenant à Wildberries, le géant russe de l'e-commerce, provoquant d'importants incendies et faisant au moins huit morts depuis le week-end dernier. Vendredi, des centres logistiques de l'entreprise ont pris feu près de Saint-Pétersbourg, faisant trois blessés, et un autre entrepôt a été ciblé à Simféropol, en Crimée annexée.
Wildberries, l'« Amazon russe »
Wildberries est une plateforme de commerce en ligne très populaire en Russie, souvent qualifiée d'« Amazon russe » en raison de son ample offre de produits et de ses livraisons rapides sur tout le vaste territoire du pays. L'entreprise a été fondée en 2004 par Tatiana Kim, considérée comme la femme la plus riche de Russie. Ancienne enseignante d'anglais et mère de sept enfants, elle est aujourd'hui à la tête d'une fortune d'environ 7,1 milliards d'euros, selon le magazine Forbes.
Le modèle de Wildberries repose sur un réseau massif de dizaines de milliers de points de retrait présents jusque dans les plus petites villes en Russie et dans d'autres pays voisins. L'entreprise affirme traiter plus de 20 millions de transactions par jour.
Accusations de contournement des sanctions
Depuis le début de la guerre en Ukraine, le réseau Wildberries a été accusé de favoriser le contournement des sanctions occidentales en offrant des marchandises autrement introuvables en Russie. Volodymyr Zelensky a aussi assuré que l'entreprise stockait et expédiait des « composants de drones, des équipements de navigation et des matériels militaires ». Cette accusation a été démentie par Moscou.
Des commerçants désemparés
Selon les analystes, jusqu'à 800 000 commerçants collaborent avec Wildberries et vendent leurs marchandises via son réseau. De telles marchandises étaient stockées dans les entrepôts tombés dans le viseur de l'Ukraine. Depuis les premières attaques ukrainiennes, des entrepreneurs russes ont fait part sur les réseaux sociaux et dans les médias de leur désespoir de voir leurs produits partir en fumée.
« Je ne sais pas quoi faire maintenant. Cette année a été difficile de manière générale pour les entrepreneurs, et l'incendie a simplement porté le coup de grâce », a raconté Kristina Cheloukhina, qui produit depuis 2024 des livres et vêtements pour enfants ayant également souffert des frappes ukrainiennes.
La patronne de Wildberries a annoncé mercredi que la société verserait des compensations aux vendeurs pour les marchandises perdues, promettant de soutenir « en priorité les plus petits et les moins protégés des entrepreneurs ». Des vendeurs se sont toutefois plaints sur les réseaux sociaux du montant jugé insuffisant des compensations ou d'une absence pure et simple de versement.
Faire plier Poutine
Les attaques sur les entrepôts de Wildberries s'inscrivent dans une campagne de frappes à longue portée ukrainiennes sur des infrastructures civiles en Russie, dans le but de forcer le Kremlin à négocier une fin de la guerre qu'il a lancée en 2022. Fin juin, Volodymyr Zelensky avait annoncé une « opération de 40 jours » visant à faire plier Vladimir Poutine.
L'Ukraine a notamment ciblé avec des drones des raffineries, dépôts et terminaux pétroliers, provoquant des pénuries de carburant en Russie cet été. Elle a aussi revendiqué ces dernières semaines plus d'une centaine d'attaques sur des navires cargo en mer d'Azov et en mer Noire, forçant la Russie à examiner des voies de transport alternatives pour ses exportations notamment agricoles.
La Russie a mené de son côté à plusieurs reprises des frappes massives sur la capitale ukrainienne et des attaques répétées sur le port d'Odessa dans le Sud de l'Ukraine et sur des navires qui l'utilisent.



