La Turquie poursuit un déploiement discret mais méthodique au Mali, où elle consolide sa présence à travers des accords de coopération militaire, des investissements économiques et des initiatives culturelles. Cette stratégie, qui évite tout affichage politique ostentatoire, permet à Ankara de gagner en influence dans la région du Sahel, sans susciter les mêmes réactions que d'autres puissances étrangères.
Une coopération militaire croissante
Depuis plusieurs années, la Turquie a multiplié les accords de défense avec le Mali. Des livraisons d'équipements militaires, notamment des drones de combat Bayraktar, ont été effectuées, renforçant les capacités de l'armée malienne face aux groupes djihadistes. Des formations de soldats maliens sont également dispensées par des instructeurs turcs, tant au Mali que dans des centres d'entraînement en Turquie. Cette coopération s'inscrit dans une logique de partenariat gagnant-gagnant : Ankara y voit un moyen de soutenir la lutte antiterroriste tout en ouvrant de nouveaux débouchés pour son industrie de défense.
Des investissements économiques ciblés
Sur le plan économique, la Turquie a investi dans des secteurs clés comme la construction, l'agroalimentaire et les infrastructures. Des entreprises turques participent à des projets de rénovation urbaine et de construction de routes, tandis que des produits alimentaires turcs gagnent des parts de marché. L'ouverture d'une ligne aérienne directe entre Istanbul et Bamako a facilité les échanges commerciaux et le tourisme d'affaires. Ces investissements, bien que modestes comparés à ceux de la Chine ou de la France, sont perçus comme moins conditionnés politiquement, ce qui séduit les autorités maliennes.
Un soft power culturel et religieux
La Turquie déploie également un soft power actif à travers des institutions culturelles et religieuses. L'Agence turque de coopération et de coordination (TIKA) finance des projets éducatifs et sanitaires, tandis que des écoles et des centres culturels turcs, souvent liés à la confrérie de Fethullah Gülen, ont été implantés. Toutefois, après la rupture entre Ankara et Gülen, ces structures ont été reprises ou remplacées par des initiatives pro-gouvernementales. Par ailleurs, la Turquie s'appuie sur ses liens historiques avec l'islam malien, en soutenant des actions caritatives et en formant des imams. Cette approche lui permet de tisser des liens durables avec les communautés locales.
Une stratégie sans affichage politique
Contrairement à d'autres acteurs internationaux, la Turquie évite les déclarations politiques fracassantes et les critiques ouvertes envers les autorités maliennes. Elle entretient des relations cordiales avec la junte au pouvoir, sans exiger de contreparties démocratiques. Cette discrétion lui vaut une certaine sympathie de la part de Bamako, qui voit en Ankara un partenaire fiable, moins intrusif que les anciens colonisateurs ou les organisations internationales. Cette stratégie de l'ombre permet à la Turquie de gagner en influence sans attirer les foudres des autres puissances présentes dans la région, comme la France ou la Russie.
Des perspectives d'avenir prometteuses
À l'avenir, la Turquie pourrait renforcer encore sa présence au Mali, notamment dans les domaines de l'énergie et des mines, où des entreprises turques manifestent un intérêt croissant. La visite récente d'une délégation économique turque à Bamako laisse présager de nouveaux contrats. Parallèlement, la coopération militaire pourrait s'intensifier, avec la possible installation d'une base de drones turcs au Mali. Si cette présence discrète semble bénéfique pour Ankara, elle suscite des interrogations quant à ses implications géopolitiques, notamment vis-à-vis de la Russie, dont l'influence au Sahel est également en pleine expansion. La Turquie joue donc une partie d'échecs subtile, où chaque mouvement est calculé pour maximiser ses intérêts sans éveiller les soupçons.



