Dans une tribune publiée par Libération, un collectif de chercheurs et d'activistes dénonce l'évolution du régime tunisien sous la présidence de Kaïs Saïed. Selon eux, il ne s'agit plus d'une « dérive autoritaire » mais d'une « dictature assumée ». L'article, signé par plusieurs universitaires et militants des droits humains, appelle à ne plus minimiser la situation en Tunisie.
Un coup d'État constitutionnel
Les auteurs rappellent que le 25 juillet 2021, Kaïs Saïed a dissous le Parlement, limogé le gouvernement et suspendu la Constitution. Ce qui a été présenté comme des mesures exceptionnelles pour sauver le pays est devenu la norme. « Le verrou constitutionnel a sauté, et avec lui, les derniers contre-pouvoirs », écrivent-ils.
Depuis, le président tunisien a concentré tous les pouvoirs entre ses mains. Il a rédigé une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en juillet 2022 avec un taux de participation de seulement 30,5 %. Cette Constitution lui confère des prérogatives quasi absolues, sans contrôle du Parlement ni de la justice.
La répression systématique de l'opposition
Les signataires de la tribune soulignent que la répression touche tous les opposants, qu'ils soient politiques, syndicaux ou associatifs. « Des figures de l'opposition comme Rached Ghannouchi, leader d'Ennahda, sont emprisonnées. Des journalistes, des avocats et des militants des droits humains subissent des procès arbitraires », détaillent-ils.
Selon le collectif, plus de 80 personnes sont actuellement détenues pour des motifs politiques. Les procès sont souvent expéditifs, et les conditions de détention sont déplorables. « La Tunisie est devenue une prison à ciel ouvert pour les voix dissidentes », affirment-ils.
Une dictature qui s'assume
Contrairement à d'autres régimes autoritaires qui masquent leur nature, Kaïs Saïed ne cache pas ses intentions. « Il revendique ouvertement la suppression de la démocratie au nom de la lutte contre la corruption et du prétendu 'peuple' », écrivent les auteurs. Lors de ses discours, il qualifie les partis politiques de « traîtres » et les médias indépendants d'« ennemis du peuple ».
Le président tunisien a également mis en place un système de surveillance de masse, avec le soutien de certains pays étrangers. « Les libertés fondamentales sont bafouées, et la société civile est asphyxiée », dénoncent les signataires.
L'impact sur la population
La situation économique et sociale se dégrade. Le taux de chômage atteint 16,2 %, et l'inflation dépasse les 10 %. Les Tunisiens subissent des pénuries de produits de première nécessité. « Le régime utilise la crise économique pour justifier la répression et détourner l'attention », expliquent les auteurs.
Les chercheurs appellent la communauté internationale à ne plus fermer les yeux. « Il est temps de qualifier le régime tunisien de ce qu'il est : une dictature. Et d'agir en conséquence, en suspendant les accords de coopération et en imposant des sanctions ciblées », concluent-ils.



