Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, a démis de ses fonctions le numéro deux du régime, le lieutenant-colonel Emmanuel Zongo, selon un décret lu à la télévision nationale ce jeudi 30 juillet. Cette décision intervient après des semaines de rumeurs sur des tensions au sein de l'état-major.
Un limogeage sans explication officielle
Le décret présidentiel, signé par Traoré, ne précise pas les raisons de ce limogeage. Selon une source proche de la présidence, « cette décision vise à renforcer la cohésion et l'efficacité de la transition ». Le lieutenant-colonel Zongo, qui était également ministre de la Défense, est remplacé à titre intérimaire par le colonel Moussa Diallo, jusqu'alors chef d'état-major de l'armée de terre.
Un contexte de tensions internes
Depuis l'arrivée au pouvoir de Traoré en septembre 2022, l'armée burkinabè est en proie à des luttes d'influence. Plusieurs observateurs soulignent que ce limogeage pourrait être lié à des divergences sur la gestion de l'insécurité. « Le capitaine Traoré veut centraliser les décisions et écarter les figures trop ambitieuses », analyse Dr. Issa Sanou, politologue à l'Université de Ouagadougou. Le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire complexe, avec des attaques jihadistes qui ont fait plus de 10 000 morts depuis 2015.
Selon un rapport du Centre pour les Études Stratégiques de l'Afrique, le nombre d'attaques a augmenté de 30 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025. Cette statistique met en lumière les défis sécuritaires auxquels le régime de Traoré est confronté.
Réactions et implications
L'opposition politique a réagi avec prudence. « Nous observons ces remaniements au sein de la junte, mais ce qui importe, c'est le retour à l'ordre constitutionnel », a déclaré Me Saran Sérémé, porte-parole du parti Union pour le Progrès et le Changement (UPC). La communauté internationale, notamment la CEDEAO, n'a pas encore commenté officiellement.
Ce limogeage intervient alors que le Burkina Faso est suspendu de l'Union africaine et de la CEDEAO depuis le coup d'État de 2022. Le capitaine Traoré, qui avait promis des élections en 2024, a repoussé l'échéance à 2027, invoquant l'insécurité.
Une consolidation du pouvoir
En écartant le numéro deux, Traoré renforce son emprise sur l'appareil militaire. « C'est un signal fort envoyé aux autres membres de la junte : il n'hésite pas à se débarrasser de ceux qui pourraient le défier », estime Dr. Sanou. Reste à savoir si cette décision apaisera ou exacerbera les tensions au sein de l'armée.



