Tchernobyl : un expert vençois témoigne 40 ans après la catastrophe
Tchernobyl : le témoignage d'un expert vençois

Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, Patrice Miran, ancien expert du ministère de l'Agriculture et aujourd'hui élu à Vence, sort de la réserve. Cet ingénieur écologue a été dépêché dans les territoires contaminés de l'ex-URSS entre 1988 et 1991 pour évaluer les conséquences sanitaires et agricoles du drame.

Une mission révélatrice

Dès son arrivée, Patrice Miran a pris conscience de l'ampleur de la catastrophe. « Quand je suis arrivé là-bas, j'ai compris immédiatement qu'en France, nous serions incapables de gérer une catastrophe de cette ampleur », confie-t-il. À l'époque, le gouvernement de Michel Rocard et le ministre de l'Agriculture Henri Nallet cherchaient à réviser les plans d'urgence autour des centrales nucléaires. Patrice Miran travaillait alors dans une cellule du ministère chargée d'évaluer les politiques publiques. « Le seul dispositif réellement prévu, c'était des tickets de rationnement stockés rue de Varenne », se souvient-il.

Des villages déjà marqués par la maladie

Grâce à sa maîtrise du russe, il a pu accéder aux villages contaminés. Sur place, il a enchaîné prélèvements radiologiques, enquêtes dans les dispensaires et rencontres avec les habitants. « On voyait déjà des enfants très malades dans certains territoires non évacués », rapporte-t-il. Selon lui, les autorités soviétiques avaient choisi de mélanger produits contaminés et nourriture saine afin de répartir les doses absorbées par la population. « En France, au moindre doute sur la chaîne alimentaire, toute la production deviendrait suspecte », ajoute-t-il.

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Un rapport jugé « trop explosif »

À son retour, ses conclusions ont dérangé. « Mon rapport expliquait clairement que la France ne saurait pas gérer un accident comparable à Tchernobyl. Le sujet était jugé trop explosif », explique-t-il. Avec d'autres scientifiques, il est retourné sur place grâce à des missions autofinancées par des piges publiées notamment dans Science et Vie. Toujours en poste au ministère, il a même transmis des documents et des articles au Canard enchaîné sous le nom de Philippe Lecuyer. Les chercheurs ont alors croisé doses de radiation et données médicales recueillies dans les dispensaires. « Nous avons constaté une dégradation réelle de l'état de santé des populations vivant dans les territoires contaminés non évacués », affirme-t-il.

Un débat toujours absent en France

Aujourd'hui encore, Patrice Miran estime que le débat sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl n'a jamais vraiment eu lieu en France. « On parle d'une cinquantaine de morts. Mais il y a aussi les cancers, les populations exposées pendant des années », souligne-t-il. Après cette période, il a poursuivi une carrière internationale pour les Nations-Unies avant de s'installer à Vence. Mais Tchernobyl reste toujours présent dans sa mémoire. « Je continue à penser à tous ces gens rencontrés là-bas, cela marque une vie », confie-t-il.

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