Sénégal : nouvelle plaque tournante de la cocaïne vers l'Europe
Sénégal : plaque tournante de la cocaïne vers l'Europe

Le Sénégal s'impose comme une nouvelle plaque tournante du trafic de cocaïne à destination de l'Europe, selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC). Les saisies de cocaïne dans le pays ont atteint un niveau record de 3,2 tonnes en 2025, soit une augmentation de 400 % par rapport à 2020. Cette hausse spectaculaire reflète la réorientation des routes du trafic, les cartels sud-américains exploitant de plus en plus les côtes ouest-africaines.

Une transformation des routes du trafic

Historiquement, la cocaïne destinée à l'Europe transitait principalement par les Caraïbes et l'Afrique de l'Ouest, mais le Sénégal était un acteur secondaire. Aujourd'hui, le pays est devenu un hub stratégique, avec des cargaisons acheminées par bateau depuis le Brésil, la Colombie et le Pérou. Les trafiquants utilisent des navires de pêche et des voiliers pour débarquer la drogue sur les côtes sénégalaises, avant de la réexpédier par conteneurs vers les ports européens, notamment Rotterdam et Anvers.

Selon l'UNODC, les saisies de cocaïne en Afrique de l'Ouest ont triplé entre 2019 et 2025, passant de 6 à 18 tonnes par an. Le Sénégal représente à lui seul près de 20 % de ces saisies. Les autorités sénégalaises, en collaboration avec Interpol, ont démantelé plusieurs réseaux, mais la corruption et la porosité des frontières compliquent la lutte.

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Un impact économique et social dévastateur

Le trafic de cocaïne a des conséquences néfastes sur l'économie et la société sénégalaises. La drogue alimente la criminalité organisée, la violence et la corruption. Selon un rapport de l'ONG Transparency International, le Sénégal a perdu 200 milliards de francs CFA (environ 305 millions d'euros) en recettes fiscales à cause du blanchiment d'argent lié au trafic de drogue en 2024. Par ailleurs, la consommation locale de cocaïne augmente, avec une hausse de 50 % du nombre d'usagers enregistrés dans les centres de soins depuis 2022.

« Le Sénégal est en train de devenir un point de passage crucial pour la cocaïne, et cela a des répercussions directes sur notre sécurité et notre développement », a déclaré le ministre sénégalais de l'Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, lors d'une conférence de presse en juin 2026. Il a appelé à une coopération régionale renforcée pour endiguer le phénomène.

Les routes maritimes privilégiées

Les trafiquants privilégient les routes maritimes en raison de la difficulté à surveiller les vastes côtes sénégalaises, longues de plus de 500 kilomètres. Les cargaisons sont souvent transférées en mer, de navire à navire, avant d'être débarquées dans des criques isolées. Les autorités sénégalaises, avec l'aide de la France et des États-Unis, ont renforcé la surveillance maritime, mais les moyens restent limités. En 2025, la marine sénégalaise a intercepté 1,5 tonne de cocaïne lors d'une opération conjointe avec la DEA américaine.

L'Europe reste la destination finale principale, avec 70 % de la cocaïne transitant par l'Afrique de l'Ouest destinée aux marchés européens, selon l'UNODC. Les prix de gros de la cocaïne en Europe, qui oscillent entre 30 000 et 40 000 euros le kilo, offrent des marges bénéficiaires considérables aux trafiquants.

Des mesures de lutte insuffisantes

Malgré les efforts des autorités, les mesures de lutte contre le trafic restent insuffisantes. La corruption au sein des douanes et de la police facilite le passage de la drogue. En 2025, 12 douaniers ont été arrêtés pour complicité avec des trafiquants. Le gouvernement sénégalais a adopté un plan national de lutte contre la drogue, doté de 10 milliards de francs CFA (15 millions d'euros), mais les experts estiment que des investissements bien plus importants sont nécessaires.

« Le Sénégal a besoin d'un soutien international accru pour renforcer ses capacités de surveillance et de répression », a souligné le directeur régional de l'UNODC pour l'Afrique de l'Ouest, Pierre Lapaque, dans un entretien au Monde. Il a également insisté sur la nécessité de s'attaquer aux causes profondes du trafic, comme la pauvreté et le manque d'opportunités économiques.

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