Sarajevo renaît et attire de nouveau les touristes, 30 ans après le siège
Sarajevo renaît et attire les touristes après le siège

Il fait un froid glacial. Les habitants courent dans la boue et s’agglutinent derrière un tramway calciné. Sur un panneau en carton est inscrit en énorme « Pazi Snajper » (« attention sniper »). Les détonations fusent. Deux adolescents s’élancent. Ils ne courent pas assez vite et s’écroulent.

Les images du terrible siège de Sarajevo (avril 1992-février 1996), qui opposa les forces gouvernementales bosniennes aux paramilitaires serbes, défilent sur l’écran du Musée des Crimes contre l’Humanité et du Génocide. Elles sont brutes, éprouvantes. Dans les salles, des milliers de lettres, de vêtements, de chaussures d’enfants, de poupées racontent ces vies brutalement interrompues.

Un bilan humain et matériel accablant

La capitale de la Bosnie-Herzégovine a subi mille quatre cent vingt-cinq jours de pilonnage, ayant fait 11 541 morts. Trente ans plus tard, ce conflit des Balkans laisse toujours un goût de cendres dans la bouche. Pourtant, en sortant du musée, le contraste est saisissant.

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Les terrasses sont pleines, des couples fument le narguilé dans de jolies cours ombragées, des étudiants sirotent leur bière dans des brasseries artisanales, les effluves de viande grillée s’échappent des cantines. La ville vibre d’une énergie nouvelle, attirant locaux, diaspora et touristes.

Un héritage douloureux toujours présent

Le Musée des Crimes contre l’Humanité et du Génocide, ouvert en 2016, est l’un des nombreux sites qui rappellent le passé tragique de Sarajevo. Il expose des milliers d’objets personnels, témoins des vies brisées. Selon les données du musée, plus de 100 000 visiteurs le parcourent chaque année, dont une majorité de jeunes.

« Les images du siège sont brutes, éprouvantes », confie un guide local. « Mais elles sont nécessaires pour comprendre comment cette ville a survécu et renaît aujourd’hui. »

Une renaissance économique et culturelle

Depuis la fin du conflit, Sarajevo a connu une transformation spectaculaire. Le tourisme est devenu un moteur essentiel de l’économie locale. En 2025, la ville a accueilli plus de 500 000 visiteurs internationaux, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2020, selon l’Office du tourisme de Bosnie-Herzégovine.

Les quartiers historiques comme Bascarsija, l’ancien quartier ottoman en plein cœur de Sarajevo, sont particulièrement prisés. Les ruelles pavées regorgent de cafés, de restaurants et d’ateliers d’artisanat. Les nuits sont animées par une scène musicale et culturelle dynamique.

Un équilibre entre mémoire et modernité

Cette renaissance ne se fait pas sans heurts. Certains habitants craignent que la ville perde son authenticité face à l’afflux touristique. « Il faut trouver un équilibre entre la préservation de notre histoire et l’ouverture au monde », explique une commerçante de Bascarsija.

Pourtant, pour beaucoup, ce retour des touristes est un signe de résilience. « Sarajevo a toujours été un carrefour de cultures, et elle le reste », ajoute un historien local. « Les voyageurs viennent non seulement pour découvrir notre patrimoine, mais aussi pour comprendre comment nous avons surmonté l’indicible. »

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