RDC : soignants en colère, payés rarement face à Ebola
RDC : soignants en colère, payés rarement face à Ebola

En République démocratique du Congo, la colère gronde parmi les soignants mobilisés en première ligne contre l'épidémie d'Ebola. Alors qu'ils risquent leur vie chaque jour pour contenir le virus, beaucoup dénoncent des salaires impayés depuis plusieurs mois. Cette situation, rapportée par Le Monde, met en lumière un paradoxe criant : ceux qui luttent contre la maladie sont souvent les oubliés du système.

Des mois de salaires impayés

Selon les témoignages recueillis par le quotidien français, des infirmiers, médecins et personnels d'appui affectés aux centres de traitement d'Ebola n'ont pas reçu leur rémunération depuis parfois quatre mois. « Nous travaillons sans filet, sans protection sociale, et sans salaire », confie un soignant sous couvert d'anonymat. Cette situation est d'autant plus intenable que l'épidémie, déclarée officiellement en août 2025, continue de faire des victimes dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.

Les autorités sanitaires provinciales reconnaissent des retards, mais les invoquent comme des « difficultés de trésorerie ». Pourtant, des fonds internationaux, notamment de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont été débloqués pour soutenir la riposte. La question est donc de savoir où passe cet argent et pourquoi il n'atteint pas les personnels de terrain.

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Un système de santé déjà fragile

Cette crise des salaires s'ajoute à un système de santé congolais structurellement affaibli. Les soignants, souvent recrutés sur des contrats précaires, ne bénéficient ni de primes de risque ni d'assurance maladie. Leur mobilisation est pourtant cruciale : sans eux, les centres de traitement ne peuvent fonctionner, et la propagation du virus s'accélère.

Le docteur Jean-Jacques Muyembe, coordonnateur de la riposte contre Ebola, a reconnu que « la motivation du personnel est un pilier de la réponse » et que « des retards de paiement peuvent compromettre les efforts ». Il a appelé à une résolution rapide, tout en rappelant que la priorité reste la prise en charge des malades et la vaccination des contacts.

Des conséquences sur le terrain

La colère des soignants a déjà eu des répercussions concrètes. Dans certaines zones, des grèves perlées ont été observées, réduisant les capacités de dépistage et de suivi des cas contacts. Des agents de santé communautaire, chargés de la sensibilisation dans les villages, menacent de se retirer si leurs arriérés ne sont pas payés.

Cette situation fragilise la riposte dans une région où l'insécurité et la défiance envers les équipes médicales compliquent déjà le travail. Les organisations humanitaires présentes sur place, comme Médecins sans frontières (MSF), appellent à une transparence accrue dans la gestion des fonds et à un mécanisme de paiement direct des soignants.

Un appel à la responsabilité

Les syndicats de la santé exigent du gouvernement congolais qu'il honore ses engagements. « Nous ne demandons pas des privilèges, mais le respect de nos droits », insiste un représentant syndical cité par Le Monde. Les autorités de Kinshasa ont promis une enquête, mais aucun calendrier précis n'a été annoncé.

En attendant, les soignants continuent de travailler, souvent au péril de leur vie, dans des conditions précaires. Leur détermination est saluée par les patients, mais leur patience a des limites. Si rien ne change, la riposte contre Ebola risque de s'essouffler, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour des milliers de personnes.

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