Plus de 76 000 civils sont pris au piège dans le camp de déplacés de Plaine Savo, dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), assiégés par l'armée congolaise depuis plusieurs semaines. Des témoignages font état de violences extrêmes, notamment des attaques à la machette, et d'une grave pénurie de nourriture.
Un siège meurtrier
Selon des organisations humanitaires locales, l'armée a encerclé le camp, empêchant toute entrée ou sortie. Les déplacés, qui avaient fui les violences des groupes armés, se retrouvent désormais confrontés à une nouvelle menace. « Quand on a commencé à fuir, ils nous ont découpés à la machette », a témoigné une survivante, sous couvert d'anonymat, auprès de l'ONG Médecins Sans Frontières (MSF).
Les affrontements entre l'armée et des milices locales dans la région ont déjà causé des centaines de morts depuis le début de l'année. Le camp de Plaine Savo, initialement conçu pour accueillir 30 000 personnes, en héberge aujourd'hui plus du double, dans des conditions sanitaires désastreuses.
Famine et maladies
Les restrictions d'accès imposées par l'armée empêchent l'acheminement de l'aide humanitaire. « Les gens meurent de faim et de maladies évitables », a déclaré un responsable de l'UNICEF basé à Bunia. Selon un rapport interne de l'ONU consulté par Le Monde, au moins 120 personnes sont décédées au cours des deux dernières semaines, principalement des enfants et des personnes âgées.
Les équipes médicales sur place signalent une augmentation des cas de malnutrition aiguë et de choléra. « Nous manquons de tout : médicaments, nourriture, eau potable », a confié un infirmier du camp à l'agence France-Presse.
Appels à une intervention
Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont appelé le gouvernement congolais à mettre fin au siège et à permettre l'accès humanitaire. « L'armée utilise la famine comme arme de guerre », a dénoncé un porte-parole d'Amnesty International. Le gouvernement de Kinshasa n'a pas répondu aux demandes de commentaires.
La Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a annoncé qu'elle tentait de négocier un couloir humanitaire, mais les discussions avec les autorités militaires locales sont au point mort.
Un précédent inquiétant
Ce n'est pas la première fois que des civils sont pris pour cible dans l'Ituri. En 2020, déjà, des attaques contre des camps de déplacés avaient fait des centaines de morts. La région est en proie à des conflits ethniques et à la présence de nombreux groupes armés, dont les Forces démocratiques alliées (ADF) et la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO).
La situation à Plaine Savo illustre l'échec des autorités à protéger les populations vulnérables. « Nous sommes entre la vie et la mort. Personne ne vient nous aider », a conclu une mère de famille déplacée, interrogée par la BBC.



