« Premier voyage, premier salaire, let’s go on y va, on est des aventuriers. » C’est dans cet état d’esprit que Laura et son groupe d’amis ont pris l’avion pour le Pérou et la Bolivie en mai 2014, pour un mois d’aventure. Au programme : une randonnée de cinq jours, puis plusieurs treks de trois jours. À 24 ans, la jeune kinésithérapeute n’a jamais fait de longues marches ni de bivouac. Mais tout arrive pour la première fois.
Une entorse trois jours avant le départ
Trois jours avant le départ, Laura se fait une entorse à la cheville lors d’un entraînement de volley-ball. Mais rien n’arrête l’apprentie aventurière. « J'ai découpé mon plâtre, à l’aide d’un couteau à pain je crois », se remémore-t-elle douze ans plus tard. Elle précise : « Ne faites pas ça. » Direction Lima, puis Cuzco. Mais cette blessure était-elle un signe prémonitoire ?
Le mal d’altitude dès l’arrivée
Dès qu’elle pose le pied sur le tarmac de l’aéroport de Cuzco, Laura se met à saigner abondamment du nez. Passant de zéro à 4 000 mètres d’altitude, son corps ne supporte pas le changement. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, dès la première randonnée au Machu Picchu, elle découvre qu’elle souffre du mal d’altitude. « J’avais beaucoup de mal à respirer. J’avais l’impression que mes poumons étaient trop petits pour l’air que je voulais mettre dedans », explique-t-elle. Sa cheville, bien sûr, lui fait défaut. Laura « en chie », se sent « comme un boulet », mais elle tient bon.
Le Canyon de Colca : la goutte d’eau (ou plutôt son absence)
À la fin du séjour, le groupe veut faire une dernière marche au Canyon de Colca. La randonnée dure trois jours, mais ils n’ont plus que deux jours avant de rentrer. Qu’importe : ils décident de la faire en deux jours. « Je leur avais dit que ce n’était pas une bonne idée », se souvient Laura. Mais face à l’enthousiasme du groupe, elle cède. Grave erreur.
Le groupe engage une guide locale pour ne pas se perdre. La première journée consiste à descendre 1 000 mètres de dénivelé, avant de les remonter le lendemain. Le sol est caillouteux. « Entre le sac très lourd et les cailloux, j’étais déséquilibrée et ma cheville ne tenait pas. » Laura tombe souvent, très souvent. Elle se retrouve bonne dernière et commence à ruminer. Le soir venu, le groupe installe le campement et Laura s’endort en quelques secondes, épuisée.
Départ à 2 heures du matin sans lampe frontale
Le départ est prévu à 2 heures du matin pour éviter la chaleur de l’après-midi. « On est partis sans lampe frontale, avec pour nous éclairer le flash d’un seul iPhone chargé pour quatre », se remémore Laura. Avec une telle impréparation, comment la journée pouvait-elle bien se passer ? Le canyon se situe à près de 4 000 mètres d’altitude, et le mal des montagnes continue de la handicaper. « J’étais vraiment très essoufflée et je devais faire des pauses tous les quarante pas pour reprendre mon souffle. » La guide, une jeune femme du coin, ne connaissait pas bien le sentier, selon Laura. « Elle nous faisait souvent revenir sur nos pas en lançant des “disculpe, disculpe” (excusez-moi). »
Au fil des heures, la température monte. « Au bout de quelques heures, on s’est rendu compte qu’on n’avait plus assez d’eau. Il commençait à faire très chaud et on avait vraiment soif. » Laura est toujours à la traîne, mais un ami l’accompagne. « Il voyait que je galérais et m’a proposé de prendre de son eau mais j’ai refusé, j’en avais marre d’être le boulet. »
Le craquage : assise sur un cactus
Avec la chaleur, le manque d’eau, de souffle, les demi-tours incessants et la cheville qui lâche, Laura finit par craquer. « Je me suis mise à pleurer et j’ai dit à mon pote “laisse-moi là !” Je me suis assise et là, je me suis rendu compte que je m’étais assise sur un cactus. Mes fesses me brûlaient. J’ai encore plus pleuré. C’était vraiment le drama », rigole-t-elle douze ans plus tard. « Mon pote se sentait mal pour moi mais en même temps il était mort de rire. » Empathique, il l’aide à retirer les aiguilles de son arrière-train. « La guide trouvait qu’on n’allait pas assez vite alors elle s’est tournée vers nous en disant “vamos, vamos” (allez, allez) et elle a vu mon pote la tête entre mes jambes en train d’enlever les épines. » Laura finit tant bien que mal la randonnée avant de regagner Paris le lendemain.
« On a fait n’importe quoi »
À 36 ans, Laura est aujourd’hui une randonneuse aguerrie, ayant accompli le GR20 et le Tour du Mont Blanc. Mais chaque année, pour son anniversaire, l’un des membres de la bande lui reparle de ce trek. Malgré tout, elle garde « un super souvenir » de ce séjour. « C’était notre premier voyage entre potes, à l’étranger, avec des paysages magnifiques. »
Mais elle le reconnaît : « On était vraiment des pignoufs. On n’avait pas le matériel. On a fait n’importe quoi. Depuis, je regarde les commentaires sur des forums pour connaître les conditions météorologiques locales, savoir s’il y a de l’eau sur le parcours, où et comment dormir. » Elle prépare ses itinéraires au millimètre… et regarde toujours à deux fois où elle pose ses fesses avant de savourer le paysage.



