Flotte fantôme iranienne : le pétrole contourne les sanctions via la Malaisie
Pétrole iranien : la flotte fantôme contourne les sanctions

Au large de la Malaisie, loin des regards, deux pétroliers côte à côte mènent une opération de transbordement. L’un décharge sa cargaison de pétrole, soumise à des sanctions occidentales, sur l’autre qui l’acheminera ensuite en Chine, sans en révéler la provenance. La combine est connue. Elle permet, entre autres, à Moscou d’exporter son stock de pétrole brut malgré les sanctions européennes. Mais la Russie n’est pas le seul pays à recourir à cette flotte fantôme. L’Iran est passé maître dans l’art d’écouler secrètement ses barils de pétrole vers la Chine, décrypte une enquête du Wall Street Journal (WSJ).

Une armada de navires vieillissants et peu assurés

Une centaine de navires iraniens constituerait cette armada, dont la République islamique a tant besoin pour faire vivre son économie et résister aux États-Unis, dans le conflit qui les oppose depuis le 28 février. Vieillissants, circulant en mer depuis plus de 15 ans et mal assurés, ces pétroliers ont mis en place de multiples stratégies pour passer sous les radars. Outre la dissimulation de leur identification par de la peinture et des bâches sur leur coque, ils appartiennent souvent à des propriétaires cachés derrière des sociétés écrans. En mer, ils désactivent leur système de positionnement satellite et naviguent sous pavillon de complaisance délivré par la Sierra Leone ou le Gabon, des pays qui sont peu regardants sur leurs activités. Les changements de pavillon sont même réguliers, plusieurs fois en quelques années, pour passer entre les mailles du filet.

La zone portuaire extérieure orientale : un point de transit clé

Pour réaliser le transfert de pétrole de navire à navire et ainsi masquer son origine, ces bateaux se dirigent à mi-chemin entre l’Iran et la Chine, au sein de la zone portuaire extérieure orientale. Située dans la zone économique exclusive de la Malaisie, mais hors de ses eaux territoriales, elle est une zone de 1 300 kilomètres carrés peu surveillée et où la juridiction y est floue. De plus en plus, les bateaux s’y rassemblent par dizaines, attendant de réaliser leur opération. Le WSJ rapporte qu’entre 2023 et 2025, le nombre de transbordements dans la zone portuaire extérieure orientale est passé de 280 à 679.

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Si son recours a augmenté depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, l’exportation dissimulée du pétrole iranien est une solution depuis les premières sanctions américaines envers Téhéran sous l’administration de Barack Obama en 2012. Son utilisation s’est intensifiée après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, réinstaurant ces sanctions. Aujourd’hui, la flotte fantôme est un débouché dont l’économie iranienne ne peut plus se passer.

1,4 million de barils par jour entre l’Iran et la Chine

En 2025, ce sont donc près d’1,4 million de barils de pétrole qui ont transité chaque jour entre l’Iran et la Chine grâce aux pétroliers fantômes, indique le WSJ en se basant sur les données du site TankerTrackers.com. L’année dernière, cette flotte parallèle a aussi permis à l’Iran de réaliser 31 milliards de dollars (26,7 milliards d’euros) de recettes pétrolières en provenance de la Chine, selon une commission du Congrès américain, citée par le WSJ. 90 % du pétrole iranien est exporté vers le pays asiatique, représentant 45 % du budget de l’État iranien.

La Chine, elle, n’a officiellement plus importé de pétrole iranien depuis 2022. Un discours qui lui permet d’éviter des mesures de rétorsion des États-Unis contre ses raffineries et ses ports. En réalité, l’importation chinoise de barils de pétrole depuis la Malaisie ou l’Indonésie, où se font les transits avec les navires fantômes iraniens, a augmenté en ce début d’année 2026.

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Les États-Unis tentent de contrer ce commerce illicite

Les États-Unis ne sont pas passés à côté de ce commerce illicite qui brave leurs sanctions. En plus du blocus des ports iraniens, les Américains multiplient les arraisonnements de pétroliers clandestins pour empêcher Téhéran d’exporter son pétrole. Mais des millions de barils iraniens avaient déjà quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture. Stockés en mer, ces barils représentent une manne financière de dizaines de milliards de dollars que le régime percevra dans les mois à venir pour entretenir son économie.