Côte d'Ivoire : colère des riverains contre un projet hydroélectrique à l'arrêt
Projet hydroélectrique en Côte d'Ivoire : la colère monte

En Côte d'Ivoire, un projet de barrage hydroélectrique, dont la construction est à l'arrêt, provoque la colère des habitants des villages environnants. Lancé il y a plusieurs années, ce projet devait apporter électricité et développement économique à la région, mais il n'a jamais abouti, laissant les riverains dans l'expectative et la frustration.

Un projet pharaonique à l'arrêt

Le barrage, situé dans le nord-ouest du pays, sur le fleuve Sassandra, devait avoir une capacité de 275 mégawatts, selon les plans initiaux. Les travaux ont débuté en 2017, mais ils ont été interrompus en 2020 en raison de problèmes de financement et de litiges entre les partenaires. Depuis, le chantier est à l'arrêt, et les infrastructures déjà construites se détériorent.

Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), le coût total du projet est estimé à 600 millions d'euros. À ce jour, environ 200 millions d'euros ont déjà été dépensés, sans que le barrage ne soit opérationnel.

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La colère des riverains

Les habitants des villages alentour, comme celui de Gbéléban, expriment leur mécontentement. « Le barrage n'a rien fait pour ce village. On nous avait promis de l'électricité, des emplois et des routes, mais rien n'a été fait », déplore Mamadou Koné, un agriculteur de 45 ans. « Nous sommes toujours dans le noir, alors que les machines sont là, inutilisées. »

Les promesses non tenues ont exacerbé les tensions. Les riverains estiment que le projet a détruit leurs terres agricoles sans compensation adéquate. « Avant, on cultivait du riz et du maïs. Maintenant, nos champs sont inondés ou abandonnés, et on n'a rien reçu en échange », ajoute Koné.

Des impacts environnementaux et sociaux

Le projet a également des conséquences environnementales. La construction du barrage a entraîné le déplacement de plusieurs communautés, dont certaines n'ont pas été relogées. Selon une étude d'impact environnemental réalisée par le gouvernement ivoirien, environ 10 000 personnes ont été affectées, mais seules 3 000 ont été indemnisées à ce jour.

« Les promesses de compensation n'ont pas été tenues. Les gens vivent dans des conditions précaires, sans accès à l'eau potable ni aux soins de santé », explique Aminata Traoré, porte-parole d'une association locale de défense des droits des riverains.

Un blocage politique et financier

Le projet est porté par un consortium comprenant des entreprises chinoises et ivoiriennes, avec le soutien de l'État ivoirien. Mais des désaccords sur le partage des coûts et des revenus ont paralysé le chantier. Le gouvernement ivoirien a annoncé en 2023 la recherche de nouveaux investisseurs, mais sans résultat concret.

« Nous sommes dans une impasse. Les partenaires ne parviennent pas à s'entendre, et le projet est en suspens. Cela a des conséquences désastreuses pour les populations locales », déclare un responsable du ministère de l'Énergie, sous couvert d'anonymat.

Des solutions alternatives attendues

Face à cette situation, les riverains réclament des actions concrètes. Ils demandent la reprise rapide des travaux ou, à défaut, des compensations financières et la réhabilitation des terres agricoles. « Nous ne voulons plus de promesses, nous voulons des résultats. Si le barrage ne se fait pas, qu'on nous rende nos terres et qu'on nous indemnise », insistent-ils.

Des organisations non gouvernementales, comme Greenpeace Afrique, appellent à une évaluation indépendante du projet et à une meilleure prise en compte des droits des communautés. « Ce projet est un exemple des dérives des grands barrages en Afrique. Il faut des projets énergétiques qui respectent les populations et l'environnement », estime Fatima Diallo, porte-parole de l'ONG.

En attendant, les villages de la région restent privés d'électricité, tandis que les infrastructures du barrage se dégradent. Le gouvernement ivoirien assure travailler à une solution, mais aucun calendrier n'a été annoncé.

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