Le démographe britannique Paul Morland, auteur de plusieurs essais sur l'impact de la démographie dans le monde moderne, livre une analyse sans concession de la chute des naissances, qu'il qualifie de fait majeur aux conséquences vertigineuses. Alors que L'Express consacre un numéro double au monde de 2050 vu sous le prisme de la démographie, Morland détaille les transformations politiques et économiques à venir, évoque l'avenir d'Israël, la rivalité entre les États-Unis et la Chine, l'exception historique française et la pacification du monde, qui sera selon lui une maigre compensation du fait de devenir une « maison de retraite mondiale ».
La chute des naissances : un bouleversement planétaire
Paul Morland est l'auteur de plusieurs essais qui montrent comment la démographie a façonné notre monde moderne (The Human Hide, PublicAffairs), examinent le futur de l'humanité (Tomorrow's People, Pan Macmillan) et avertissent sur la dépopulation (No One Left, Swift Press). Selon lui, la baisse mondiale de la fécondité est un phénomène historique sans précédent, qui va redessiner les équilibres géopolitiques et économiques d'ici 2050.
Le démographe souligne que cette tendance touche désormais toutes les régions du globe, y compris les pays en développement. Les taux de natalité chutent bien en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme) dans la plupart des pays industrialisés, et de nombreux pays émergents suivent la même trajectoire. Cette évolution, selon Morland, aura des répercussions profondes sur les systèmes de retraite, la croissance économique et les dynamiques migratoires.
L'exception française et la rivalité États-Unis-Chine
Parmi les points marquants de son analyse, Paul Morland évoque l'exception historique française. La France, avec un taux de fécondité parmi les plus élevés d'Europe (environ 1,8 enfant par femme), se distingue de ses voisins. Cette singularité, liée à des politiques familiales généreuses et à un modèle social spécifique, pourrait lui conférer un avantage démographique relatif dans les décennies à venir, même si le pays reste en dessous du seuil de renouvellement.
Le démographe aborde également la rivalité entre les États-Unis et la Chine sous l'angle démographique. La Chine, confrontée à un vieillissement accéléré de sa population et à une fécondité très basse (environ 1,2 enfant par femme), voit son avantage démographique s'éroder rapidement. Les États-Unis, grâce à une fécondité plus élevée et à une immigration soutenue, pourraient maintenir une population plus dynamique. Cette divergence démographique, selon Morland, influencera directement la compétition économique et stratégique entre les deux puissances.
Un monde qui devient une « maison de retraite mondiale »
Paul Morland n'élude pas les conséquences politiques de cette évolution. Il évoque l'avenir d'Israël, pays qui connaît une fécondité relativement élevée (environ 3 enfants par femme), ce qui lui confère une position unique au sein des pays développés. Cette particularité démographique pourrait avoir des implications sur la stabilité régionale et les équilibres politiques internes.
Enfin, le démographe dresse un tableau contrasté de l'avenir. La pacification du monde, due à la diminution des tensions liées à la croissance démographique, sera selon lui une maigre compensation du fait de devenir une « maison de retraite mondiale ». Le vieillissement généralisé des populations, conjugué à la baisse de la natalité, entraînera une augmentation des dépenses de santé et de retraite, une diminution de la main-d'œuvre disponible et un ralentissement de l'innovation. Ces transformations, prévient Morland, remettront en question les modèles économiques et sociaux établis, et exigeront des adaptations majeures de la part des gouvernements et des sociétés.



