Noé Perchet, né à Flaux près d'Uzès, est revenu vivant d'une aventure jugée insensée. Entre l'Équateur, le Pérou et la Colombie, il a descendu seul près de 1 750 kilomètres de fleuves amazoniens, affrontant la jungle, les animaux sauvages, les tribus isolées… mais surtout les hommes.
Un périple de 1 750 km en kayak pliable
Dans l'Amazonie, il existe des endroits où la carte s'arrête avant le territoire. Des fleuves immenses serpentent dans un océan de forêt, des villages coupés du monde et des zones où l'étranger n'est qu'une silhouette inconnue surgie du courant. C'est là que le Gardois Noé Perchet a choisi de partir, seul, à bord d'un kayak pliable.
Entre octobre et décembre 2025, l'aventurier a relié l'Équateur à la Colombie en passant par le Pérou. Une expédition de près de 1 750 kilomètres, dont environ 1 400 parcourus à la seule force de ses bras. Le voyage débute sur le rio Curaray, un affluent majeur du rio Napo, dans une région parmi les plus isolées de l'Amazonie occidentale.
Des journées dédiées à la survie
Pendant deux mois, ses journées se résument à l'essentiel : pagayer, trouver un lieu pour bivouaquer, pêcher, survivre. "Dès le premier coup de pagaie, il n'y avait plus de retour possible. Le courant était trop fort et la prochaine ville se trouvait à plus de 1 000 km", raconte-t-il.
Sous une humidité étouffante, avec des températures ressenties dépassant parfois les 50 degrés sur sa montre, il avance dans un univers où tout semble vivant. Les insectes le piquent par centaine chaque jour. Les nuits sont courtes, hachées par la montée des eaux, les bruits de la forêt et la peur permanente.
Le danger humain, plus redoutable que la nature
Avant son départ, Noé imaginait que ses principaux ennemis seraient les anacondas, les caïmans, les piranhas ou les scorpions. La réalité s'est révélée bien différente. "Finalement, le plus simple était la forêt. Au fil du temps, on apprend à la comprendre. Le plus dur, c'étaient les humains. Ils sont imprévisibles, encore plus en croisant un homme blanc sur un kayak", révèle Noé Perchet.
Sur l'Amazone, il est attaqué à deux reprises par des pirates armés. Des hommes lancés à pleine vitesse sur des embarcations qui le braquent et le dépouillent d'une partie de son matériel. Face à la multiplication des attaques et à la présence de narcotrafiquants sur certains secteurs, il est contraint d'abandonner son kayak après 1 400 kilomètres et de terminer une partie du parcours à bord de 'lanchas', les bateaux de marchandises qui sillonnent le fleuve. "Je passais mon temps à me cacher, j'étais trop visible", regrette le Gardois.
Rencontres avec les tribus et légendes locales
Au fil de l'eau, l'expédition prend aussi une dimension humaine rare. Noé Perchet traverse des territoires fréquentés par les communautés Kichwa et Waorani, tout en longeant la périphérie de zones habitées par des peuples vivant volontairement en isolement. Pendant deux semaines, il navigue discrètement afin d'éviter tout contact, autant pour sa sécurité que pour préserver ces populations vulnérables aux maladies extérieures.
À l'inverse, certaines rencontres le marquent profondément. Les Waorani, qu'il avait déjà côtoyés lors d'une préparation en Équateur plusieurs années auparavant, lui transmettent des techniques de survie ancestrales (pêche, chasse, pièges et même comment capturer un caïman à main nue). Les Kichwa lui ouvrent leurs maisons et partagent leurs repas. Il doit aussi convaincre plusieurs villages qu'il n'est pas un 'pelacara', personnage de légende présenté comme un homme blanc venu évider les organes des habitants ainsi que leur peler le visage.
Une Amazonie nourricière et fascinante
Malgré les dangers, Noé Perchet garde le souvenir d'une Amazonie fascinante. Une terre où la frontière entre l'homme et la nature semble s'oblitérer. "Contrairement à ce que l'on pourrait penser, je n'ai pas maigri. J'ai pris cinq kilos. Je mangeais jusqu'à trois kilos de poisson par jour. La forêt m'a nourri."
L'image qui demeure gravée dans sa mémoire est celle d'une mère allaitant simultanément son enfant et un bébé singe recueilli après la mort de sa mère. "Il n'y avait plus de distinction entre l'homme et la nature", souffle-t-il encore émerveillé.
Retour difficile et nouveaux projets
De retour dans le Gard, l'aventurier confie avoir mis plusieurs mois à retrouver le sommeil et à quitter cet état d'hypervigilance permanente. Une adaptation presque aussi difficile que l'expédition elle-même. L'Amazonie, ce rêve qui lui résistait depuis près de dix ans, n'a finalement pas eu raison de lui.
Aujourd'hui, Noé Perchet couche son aventure sur le papier en quête d'un éditeur. Mais déjà, un autre horizon l'appelle : le littoral brésilien, où il prépare une tentative de record en kitefoil. Comme si, après avoir traversé l'enfer vert, l'aventure ne faisait que commencer.



