Depuis le coup d'État de 2021, la junte malienne a transformé le système judiciaire en un instrument de répression massive. Journalistes, avocats, opposants politiques : tous ceux qui critiquent le régime sont pris pour cible. Selon un rapport de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), plus de 200 personnes sont actuellement détenues de manière arbitraire, souvent sans procès équitable.
L'utilisation de la justice comme arme politique n'est pas nouvelle, mais elle a pris une ampleur inédite. Les procès sont expéditifs, les avocats sont intimidés, et les juges sont sous pression constante. « On assiste à une criminalisation systématique de l'opposition », explique un avocat malien qui a requis l'anonymat. « Les charges sont souvent fabriquées de toutes pièces. »
Des procès expéditifs et des conditions de détention déplorables
Les procès se déroulent souvent à huis clos, sans respect des garanties fondamentales. Les prévenus sont privés de l'accès à leur dossier, et leurs avocats sont parfois empêchés de les rencontrer. Les conditions de détention sont décrites comme inhumaines par les ONG : surpopulation, manque de soins, malnutrition.
Parmi les victimes figurent des figures connues de la société civile, comme le journaliste Boukary Daou, arrêté en 2023 pour avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux. Il est toujours détenu sans jugement. « L'objectif est clair : faire taire toute voix dissidente », dénonce la FIDH.
Une communauté internationale qui ferme les yeux
La communauté internationale reste largement silencieuse face à cette dérive autoritaire. Les partenaires traditionnels du Mali, comme la France et les États-Unis, ont réduit leur présence mais n'ont pas imposé de sanctions significatives. La CEDEAO, qui avait imposé des sanctions après le coup d'État, les a levées en 2022, un geste perçu comme un feu vert donné à la junte.
« Le silence de la communauté internationale est une véritable trahison envers le peuple malien », affirme un responsable de l'ONU sous couvert d'anonymat. « Nous assistons à une régression démocratique grave, mais personne ne bouge. »
Un système judiciaire en ruine
La junte justifie ces mesures par la lutte contre le terrorisme et la corruption. Mais pour les défenseurs des droits humains, ces arguments ne sont que des prétextes. « Le système judiciaire est en ruine, il ne sert plus qu'à régler des comptes politiques », analyse un expert juridique.
Les avocats qui défendent les opposants sont eux-mêmes menacés. Plusieurs ont été arrêtés ou ont dû fuir le pays. « Nous vivons dans la peur permanente », confie un avocat en exil. « Mais nous continuerons à nous battre pour la justice. »
Quelles perspectives pour le Mali ?
La situation semble bloquée. La junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, a promis des élections, mais elles sont constamment repoussées. Le pays reste plongé dans une crise sécuritaire et humanitaire, avec une grande partie du territoire contrôlée par des groupes djihadistes.
Les organisations de défense des droits humains appellent à une mobilisation internationale pour faire pression sur la junte. « Il est urgent de mettre fin à cette répression », déclare la FIDH. « Les Maliens méritent une justice indépendante et équitable. »



