Une découverte paléontologique majeure dans l’Hérault
Des chercheurs des laboratoires Palavoprim de Poitiers et CR2P de Paris ont annoncé la découverte d’une nouvelle espèce de lézard crocodile, identifiée dans le Crétacé supérieur sur le site de Villeveyrac, au nord de Sète. Cette espèce enrichit un registre fossile jusque-là très limité pour ce groupe, aujourd’hui représenté par une seule espèce vivante. Elle constitue la plus ancienne occurrence connue en Europe, repoussant son apparition de plus de 30 millions d’années.
Long d’environ un mètre, ce lézard crocodile, probablement semi-aquatique et particulièrement grand, vivait il y a 80 millions d’années dans une plaine d’inondation au climat subtropical humide. Le fossile, un fragment de maxillaire de 3,5 cm, est unique en Europe. Les précédentes découvertes, notamment dans le Quercy, remontent à seulement 30 millions d’années.
Un fossile exceptionnel nommé d’après le village
La mise au jour de ce bout de maxillaire sur le site de Villeveyrac, le seul lieu du continent offrant une prise directe sur le Crétacé supérieur, est exceptionnelle. Elle a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique Journal of Vertebrate Paleontology, sous la plume d’Olivier Jansen et de Xavier Valentin.
Xavier Valentin, directeur des fouilles, raconte : « C’est moi qui l’ai découverte en 1997, et c’est Olivier Jansen qui a fait l’étude. » Une recherche longue mais nécessaire pour déterminer que ce petit fossile correspond à une nouvelle espèce et un nouveau genre dans la famille des Shinisaurus.
Acutodon villeveyracensis : un nom évocateur
La nouvelle espèce a été baptisée Acutodon villeveyracensis, signifiant « dents tranchantes de Villeveyrac ». Son identification repose principalement sur la morphologie de ses dents pointues, tranchantes et courbées vers l’arrière. Ces dents ressemblent fortement à celles de l’espèce actuelle, suggérant un régime alimentaire comparable : amphibiens et poissons, particulièrement abondants à Villeveyrac à cette époque.
Bien que la présence d’une queue d’apparence crocodilienne ne puisse être vérifiée, d’autres fossiles de ce groupe présentent une morphologie quasiment identique à celle de l’espèce actuelle, indiquant des conditions de vie similaires. Un mode de vie semi-aquatique est donc probable pour l’espèce de Villeveyrac. D’après des estimations de taille, Acutodon villeveyracensis mesurait plus d’un mètre de long, soit plus de deux fois celle du lézard crocodile actuel, ce qui lui conférait une position élevée de type prédateur dans la chaîne alimentaire.
Un don à la mairie de Villeveyrac
Si l’exemplaire original du maxillaire est conservé dans les collections de l’université de Poitiers, Xavier Valentin fera don d’une copie à la mairie de Villeveyrac fin juin. « Je vais le grossir quatre fois pour qu’il soit plus observable », explique le scientifique. Cette reproduction sera exposée dans une vitrine spéciale à l’hôtel de ville.
Une pièce de référence pour la science
« Ce fossile est une pièce unique, une pièce de référence », s’enthousiasme Xavier Valentin, qui prépare déjà sa nouvelle campagne de fouilles sur le site de Villeveyrac. Les paléontologues, épaulés par des étudiants venus de toute l’Europe, seront sur place du 30 juin au 11 juillet prochain. Avec deux belles publications scientifiques dans l’année, l’enthousiasme est grand avant de venir dans la chaleur de Villeveyrac et son filon avec vue imprenable sur le Crétacé.



