Irlande du Nord : l'extrême droite exploite une attaque au couteau, manifestations violentes
Irlande du Nord : extrême droite récupère attaque au couteau

Manifestations anti-immigrés à Belfast après une attaque au couteau

Belfast s'est embrasée ce mardi 9 juin au soir lors de manifestations anti-immigrés, au lendemain d'une attaque au couteau imputée à un réfugié soudanais. La vidéo de l'agression, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a provoqué une onde de choc dans tout le pays et a été récupérée par l'extrême droite pour véhiculer des messages anti-immigration.

Une attaque au couteau filmée et diffusée

Un homme, dont l'identité n'a pas été révélée, a été inculpé mardi soir pour tentative de meurtre, possession d'un objet tranchant et menaces de mort. Il doit comparaître ce mercredi devant la justice. L'individu est suspecté d'être l'auteur d'une attaque au couteau survenue lundi 8 juin, filmée par des passants et massivement partagée. La vidéo montre l'assaillant assis sur un homme à terre, en sang, lui portant des coups. Trois hommes interviennent, dont l'un neutralise l'agresseur avec une batte. La victime, un quadragénaire, a été hospitalisée dans un état grave avec d'importantes blessures aux yeux et de graves lacérations au dos et au visage, selon le commissaire adjoint de la police nord-irlandaise, Ryan Henderson. Un couteau de cuisine a été retrouvé sur les lieux. Cet événement a suscité une condamnation unanime de la classe politique britannique. Le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé sur X une attaque « révoltante ». Nigel Farage, chef du parti Reform, a réclamé la révélation de l'identité et du statut du suspect, prétextant que « le public a le droit à la vérité ». Le ministère de l'Intérieur a confirmé que l'homme inculpé était un réfugié soudanais titulaire d'un permis de séjour valable jusqu'en 2028. Selon le chef de la police nord-irlandaise, Jon Boutcher, il était arrivé au Royaume-Uni en 2023 via Paris puis Dublin. La piste terroriste est écartée à ce stade, le motif de l'attaque restant incertain.

Belfast en proie aux flammes

Suite à ce fait divers, des manifestations anti-immigration violentes ont éclaté dans toute la ville. Des centaines de manifestants, souvent le visage masqué, se sont rassemblés en plusieurs points de Belfast. Des foyers sporadiques de troubles ont éclaté à plusieurs endroits d'Irlande du Nord, a déclaré Ryan Henderson. Un bus et des voitures ont été incendiés, selon des journalistes de l'AFP. La télévision Sky News a montré plusieurs maisons en feu. Des habitants ont dû être évacués d'un immeuble à la périphérie du centre-ville. En fin d'après-midi, les manifestants ont commencé à mettre le feu à des poubelles puis ont lancé des cocktails Molotov, a expliqué un ingénieur d'origine indienne de 41 ans. Le quotidien The Guardian rapporte que des hommes masqués ont défoncé la porte d'entrée d'une résidence près de Shankill Road, où une femme issue d'une minorité ethnique regardait par la fenêtre. Certains affirmaient « libérer » la propriété. Des graffitis indiquaient « des logements locaux pour les habitants locaux ». Sur les 21 personnes interpellées, deux ont déjà été condamnées pour troubles à l'ordre public à des peines de prison de près de trois ans chacune.

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Récupération par l'extrême droite

Des figures de l'extrême droite britannique, notamment le militant Tommy Robinson, avaient lancé des appels à manifester sur les réseaux sociaux, avec le soutien du patron de X, Elon Musk, qui les a encouragés à « manifester souvent et fortement ». Musk reposte les tweets de personnalités d'extrême droite appelant à l'expulsion du suspect et à des politiques d'immigration répressives. Il a repartagé des messages de Rupert Lowe, responsable du parti anti-immigration Restore, écrivant de « cesser d'héberger ceux qui souhaitent décapiter des enfants » et estimant que « des millions et des millions de personnes doivent partir ou être contraintes de partir ». Cet incident fait l'objet d'une large opération de récupération par l'extrême droite au-delà des frontières britanniques. L'eurodéputé polonais Dominik Tarczyński, interdit d'entrée au Royaume-Uni pour assister à un rassemblement de Tommy Robinson, a réclamé des « expulsions massives maintenant ». L'immigration cristallise les tensions en Irlande du Nord, secouée par de violentes manifestations anti-immigrés depuis deux ans, notamment en juin 2025 et à l'été 2024. L'attaque de Belfast survient une semaine après une manifestation émaillée de violences à Southampton, pour dénoncer la gestion policière du meurtre d'un étudiant blanc par un jeune homme sikh.

Des incidents d'une lâcheté répugnante

La violence des manifestations a été dénoncée par l'exécutif. « Des groupes d'hommes masqués qui incendient des maisons où vivent des familles ne sont rien d'autre qu'un acte de lâcheté répugnant », a condamné la Première ministre nord-irlandaise, Michelle O'Neill. « Rien ne peut excuser ni justifier les attaques commises ce soir », a-t-elle ajouté, appelant au calme. Le ministre de l'Éducation d'Irlande du Nord, Paul Givan, a déclaré : « Ce qui s'est passé mardi soir a véritablement choqué. Je pense que cela a provoqué une onde de choc dans toute la communauté. »