Entre 1942 et 1944, l'Iran a offert refuge à près de 2 000 Juifs polonais fuyant les persécutions nazies, un chapitre oublié de l'histoire que l'historien Jan T. Gross détaille dans son livre Les Enfants de Téhéran. Cet épisode humanitaire, souvent occulté par les récits dominants de la guerre, révèle une solidarité inattendue au cœur du Moyen-Orient.
Un exil forcé vers l'est
Après l'invasion de la Pologne en 1939, des milliers de Juifs polonais ont fui vers l'Union soviétique. En 1941, suite à l'accord Sikorski-Maïski, environ 120 000 Polonais, dont une forte proportion de Juifs, ont été évacués vers l'Iran via la mer Caspienne. Selon Jan T. Gross, « environ 2 000 réfugiés juifs, principalement des enfants et des femmes, ont trouvé asile en Iran entre 1942 et 1944 ».
Les autorités iraniennes, sous le règne de Reza Chah, ont autorisé l'entrée de ces réfugiés, les installant dans des camps près de Téhéran. L'historien précise que « les conditions étaient précaires, mais la population locale a fait preuve d'une grande générosité, partageant nourriture et vêtements ».
Un accueil contrasté
Si l'accueil iranien a été salué comme un geste humanitaire, il n'était pas exempt de tensions. Les réfugiés juifs polonais, souvent perçus comme des étrangers, ont dû faire face à des préjugés. Gross note que « certains Iraniens voyaient d'un mauvais œil cette arrivée massive, craignant une influence étrangère ».
Malgré cela, la communauté juive iranienne, forte de plusieurs milliers de personnes, a joué un rôle clé dans l'intégration des réfugiés. Des organisations comme l'Agence juive ont facilité leur installation, et beaucoup ont ensuite émigré vers la Palestine mandataire après la guerre.
Un héritage méconnu
Cet épisode est aujourd'hui largement ignoré, tant en Iran qu'en Pologne. Gross explique que « la mémoire de cet accueil a été effacée par les bouleversements politiques ultérieurs, notamment la révolution islamique de 1979 et la rupture des relations entre l'Iran et Israël ».
Pourtant, des traces subsistent. Des documents d'archives iraniens, consultés par l'historien, montrent que le gouvernement de Téhéran a fourni une aide médicale et éducative aux enfants réfugiés. « C'est un exemple rare de coopération humanitaire entre un pays musulman et des Juifs en temps de guerre », souligne-t-il.
Le livre de Jan T. Gross, publié en octobre 2025, vise à rétablir cette vérité historique. Il s'appuie sur des témoignages de survivants et des archives polonaises et iraniennes. L'ouvrage rappelle que, malgré les conflits actuels, des moments de solidarité ont existé entre communautés juives et musulmanes.



