Hantavirus : le village argentin d'Epuyén, laboratoire de la lutte contre l'épidémie
Hantavirus : Epuyén, un village argentin face à l'épidémie

Un village de moins de 3 000 habitants en Patagonie, dans le sud de l'Argentine, a été le théâtre d'une épidémie d'hantavirus mortelle entre 2018 et 2019. Huit ans avant la découverte d'un foyer de ce virus à bord du navire de croisière MV Hondius, qui a déjà fait trois morts, la localité d'Epuyén a vécu le passage meurtrier de la souche « Andes », l'un des rares hantavirus capables de se transmettre entre humains.

Une fête d'anniversaire à l'origine de la propagation

Entre 2018 et 2019, une dizaine de personnes ont perdu la vie après avoir contracté la maladie. La source de ce foyer de contaminations ? Une fête d'anniversaire organisée en novembre 2018, rassemblant une centaine de convives. Selon une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine, onze personnes sont mortes pour 34 cas identifiés. Les scientifiques ont pu identifier trois patients comme étant à l'origine de la propagation de l'épidémie, responsables de 64 % des « cas secondaires ».

Chronologie des contaminations

Les chercheurs ont retracé la chronologie des contaminations au sein de la communauté. Le patient zéro a assisté à la fête d'anniversaire pendant quatre-vingt-dix minutes alors qu'il avait de la fièvre. Entre dix-sept et vingt-quatre jours plus tard, cinq personnes assises à proximité de cet individu ont commencé à développer des symptômes. Le deuxième patient, à la vie sociale active, a ensuite contaminé six personnes avant son décès, seize jours après l'apparition des symptômes. Son épouse, fiévreuse au moment de la veillée funèbre, a également contaminé dix autres personnes, qui ont présenté des symptômes entre quatorze et quarante jours après la cérémonie.

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Période d'incubation et modes de transmission

L'étude du foyer d'Epuyén a permis de déterminer une période d'incubation plutôt longue et variable, allant de neuf à quarante jours. Les scientifiques ont également établi que dans 17 des 33 cas de transmission secondaire, le moment de la contamination correspondait au premier jour de l'apparition de la fièvre. Ils ont également confirmé que la voie d'infection la plus probable était l'inhalation de gouttelettes.

Mesures d'isolement sélectif

À l'époque, des familles entières ont été décimées. Mailen, qui a perdu son père et deux sœurs, témoigne de cette période auprès de l'AFP. Elle raconte que pour tous les habitants, la stigmatisation s'ajoutait à la peur et au deuil. Les médias surnommaient Epuyén le « village de la peur ». Pour stopper la propagation du virus, des mesures sanitaires ont été décidées. « À la suite de la confirmation de 18 cas, les autorités sanitaires ont imposé l'isolement des personnes infectées et la mise en quarantaine des contacts potentiels », indique l'étude. Cet isolement sélectif a « très probablement permis de freiner la propagation du virus ». Le taux de reproduction, soit le nombre de cas causés par une personne infectée pendant sa période de contagiosité, est passé de 2,12 à 0,96 après l'application des restrictions. Un juge argentin avait même contraint 85 personnes à rester confinées durant un mois.

Inspiration pour la gestion actuelle

Ces mesures restrictives, près d'un an avant la pandémie de Covid-19, inspirent encore la gestion épidémiologique du foyer d'hantavirus apparu à bord du MV Hondius, dont l'origine reste incertaine. En Argentine, le virus est endémique, mais il n'y a pas de « foyers » épidémiques comme celui d'Epuyén. Depuis le début de l'année, 42 cas ont été recensés, selon les autorités sanitaires argentines. En 2024-2025, 57 cas avaient été traités, contre 75 en 2023-2024. Cependant, la souche « Andes » n'est pas présente sur l'archipel de la Terre de Feu, d'où le navire de croisière a appareillé le 1er avril.

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