Génération Z : la colère gagne le Maroc, le Népal et d'autres pays
Génération Z : la colère gagne plusieurs pays

Plusieurs pays, comme le Maroc, le Népal, le Pérou, l'Indonésie ou Madagascar, sont en proie à la colère de la génération Z. Une analyse avec le sociologue Mehdi Alioua, enseignant-chercheur et doyen de Sciences Po à l'Université internationale de Rabat, permet de comprendre ce phénomène mondial.

Qui est cette génération Z ?

Cette génération, composée de jeunes âgés de 13 à 28 ans, défie le pouvoir dans les rues de Rabat, Katmandou, Jakarta ou Antananarivo. Selon Mehdi Alioua, il existe une diversité au sein même de chaque pays, mais tous ces jeunes appartiennent au "Sud global", des pays anciennement colonisés. Ce sont les petits-enfants de ceux qui ont mené la lutte décoloniale. Pour eux, l'indépendance est acquise, et ils ont bénéficié de nombreux avantages, notamment la massification de la scolarisation.

C'est une jeunesse connectée, avec des gamers. C'est sur un forum social de jeux vidéos, Discord, qu'est né le mouvement "GenZ 212" au Maroc, 212 étant l'indicatif téléphonique du pays. Cette génération est celle de l'image, avec le manga One Piece comme emblème, et de la vidéo choc qui convainc en trente secondes chrono.

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Les ressorts de la colère

Ces jeunes sont en totale rupture avec leurs aînés, qu'ils estiment avoir failli. Ils considèrent que les fonctions régaliennes et sociales de l'État n'ont pas été assurées après l'indépendance. Par exemple, ils déplorent le manque d'écoles, d'universités et d'hôpitaux, ou la mauvaise qualité de ces infrastructures, qui dysfonctionnent.

Au Maroc, l'élément déclencheur a été la mort de huit femmes en dix jours à Agadir. Ces femmes n'ont pas pu obtenir un accouchement par césarienne dans des conditions normales et sont décédées dans un hôpital public construit au lendemain de l'indépendance. Ce fut un choc énorme, car ce sont des décès qui ne devraient pas survenir en 2025.

Cette jeunesse est donc énervée, pointant les problèmes dans la santé, mais aussi l'éducation. Tous vont à l'école, tous espèrent réussir, mais ils se rendent compte que cela sera plus compliqué que prévu, ce qui crée de la frustration. D'autant que des signes de richesse sont souvent visibles dans ces pays, le développement ne profitant qu'à une minorité. Selon eux, cela est lié à la corruption.

Ces mouvements inquiètent le pouvoir. Sont-ils capables de faire bouger les lignes ?

Oui, même si finalement, il n'y a pas tant de gens dans la rue que cela, beaucoup moins qu'en 2011 lors du "printemps arabe". À l'époque, ce sont leurs "grands frères" et "grandes sœurs" qui étaient mobilisés. Il s'agit du même mouvement social depuis vingt ans. Il a commencé par ce qu'on appelait au Maroc les "diplômés chômeurs", toutes ces personnes qui avaient joué le jeu de la méritocratie mais, à la fin, n'avaient pas de travail.

Ce mouvement de la Gen Z peut-il se répandre avec d'autres revendications en Afrique, en Asie et au-delà ? Pourrait-il émerger en France ?

Les différences sont trop profondes pour faire des ponts. Mais les jeunes de cette génération sont tous connectés et peuvent avoir le sentiment que leurs aînés ont failli pour des raisons différentes. Cela pourrait concerner les inégalités, les injustices, ou peut-être le réchauffement climatique. Il y a aussi une peur de déclassement des classes moyennes qui est globalisée et s'exprime parfois par des votes extrêmes. Ces jeunes estiment souvent que les élites sont corrompues. Et il existe une connexion de ces jeunesses autour de l'antiracisme et de l'autodétermination des peuples, des thèmes qui les animent très fortement aujourd'hui. On le voit avec les violences à Gaza, qui ont suscité une émotion généralisée.

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