Funérailles de Khamenei : l'Iran entre démonstration de force et isolement
Funérailles de Khamenei : force et isolement pour l'Iran

Ironie du calendrier, au moment où l’Iran enterre l’ex-Guide suprême Ali Khamenei, le président américain vient de célébrer le 250e anniversaire de naissance des États-Unis. Deux événements censés incarner, chacun à leur manière, la grandeur nationale dans un contexte marqué par une double confrontation militaire en l'espace d'un an.

La démonstration de force iranienne

À Téhéran, la télévision nationale montre le cercueil escorté par une marée humaine, avant six jours de procession à travers les villes saintes du chiisme, en Iran puis en Irak. Iraniens pro-régime, Libanais du Hezbollah, Yéménites, Afghans, Pakistanais, Indiens : tous ces "participants" au service d'un même symbole, celui de la puissance transnationale de la République islamique.

La grande foire patriotique de Washington a offert la sensation d’une fête bâclée et surpolitisée avec des stands déserts, une foule éparse sous la canicule et une partie de la scène s’effondrant quelques heures avant le discours d’un président qui bat des records d’impopularité. Selon le dernier sondage du Financial Times, 44 % des électeurs déclarent même que la guerre a affaibli la position des États-Unis face à l'Iran.

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La bataille des récits

Mais derrière la mine des mauvais jours de l’administration américaine et la liesse orchestrée par les mollahs, qui clament leur "victoire" face à leurs ennemis historiques, se joue une autre bataille : celle des récits. S'appuyant sur une machine à propagande bien huilée, Téhéran veut imposer l'image d'un État fort - même si celle-ci est fausse. Les quarante jours de conflit avec Washington ont laissé Téhéran aussi affaiblie qu'isolée.

Si Téhéran n’organise que maintenant les funérailles du Guide - ce qui est contraire aux normes islamiques - c’est justement parce qu’elle en sort très diminuée. Cette cérémonie, boudée par son propre fils Mojtaba qui lui a succédé, scelle aussi l’isolement géopolitique du pays. Ni le président chinois ni le président russe - qui a envoyé Dmitri Medvedev - n’ont fait le déplacement. Et ces cérémonies, aussi fastueuses soient-elles, ne peuvent masquer la crise économique qui étrangle la population.

Il y a d'ailleurs quelque chose d'indécent à voir ces distributions de nourriture - et le rétablissement d'Internet - sur le parcours du cortège, quand on se souvient que la répression a fait des dizaines de milliers de morts en janvier dernier.

Les appels à la vengeance et la perspective d'une nouvelle confrontation

Depuis plusieurs jours, médias et télévisions du régime n’ont qu’un mot à la bouche : "vengeance", comme seul horizon pour honorer la mémoire du Guide, avec des appels récurrents aux meurtres de Benyamin Netanyahou et de Donald Trump. La présence, lors de l'hommage rendu à Ali Khamenei, du chef des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, en dit long sur l’état d’esprit qui règne à Téhéran.

"L'accord passé avec les États-Unis n'est qu'une pause temporaire - et non un règlement du différend irano-américain - afin de préparer la prochaine phase de confrontation militaire", prédit Clément Therme, fin connaisseur de la République islamique. Dans ce cadre, comment croire à l'éventualité d'un succès des négociations entamées avec les Américains depuis le 17 juin. Grâce au détroit d’Ormuz, l’Iran les aborde en position de force face à un Donald Trump qui ne veut surtout pas retourner dans ce guêpier. La prochaine échéance de négociations se situe autour du 18 juillet, un jour avant la finale de la Coupe du monde de football. Washington joue la montre. Et Téhéran, lui, fabrique patiemment, au moyen de ses "martyrs", sa revanche dans le temps long.

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