Le 22 mai, des drones ukrainiens ont frappé un bâtiment à Starobilsk, ville de l'est de l'Ukraine sous contrôle russe. Kiev affirme avoir visé le quartier général d'une unité militaire russe, tandis que Moscou assure qu'il s'agissait d'un lycée. Le bilan officiel russe fait état de 21 morts et 65 blessés.
Identités des victimes et polémique
Le ministère russe des Affaires étrangères a rapidement publié les noms et photos des victimes. La commissaire russe aux droits de l'homme, Yana Lantratova, a été photographiée avec ces portraits sur les lieux. Cependant, des internautes pro-ukrainiens ont affirmé que ces photos étaient prises au hasard sur Internet, certaines montrant des femmes tuées à Zaporijia en 2023. Une publication a été vue près de 150 000 fois, une autre plus de 100 000 fois.
Vérification des faits
Nous avons retrouvé l'identité de deux des trois jeunes femmes : Daria Serdiouk et Anna Pogribnichenko. Leurs comptes VKontakte montrent qu'elles ont partagé des photos en avril et mai 2024, prouvant qu'elles n'ont pas été tuées en 2023. Par ailleurs, le média ukrainien Realna Gazeta a authentifié toutes les victimes, confirmant qu'il s'agit de vraies personnes. Les accusations de photos volées sur Internet sont donc infondées.
Exploitation politique par la Russie
Malgré l'authenticité des preuves, la Russie a exploité cette tragédie à des fins de propagande. Vladimir Poutine a justifié une riposte massive dans la nuit du 23 au 24 mai. Les médias d'État ont diffusé en boucle des images, y compris une scène filmée en caméra cachée d'une famille identifiant un corps. Une cinquantaine de journalistes étrangers, dont des relais du Kremlin comme le Chinois Lu Yuguang, ont été invités à visiter les décombres, guidés par une enquêtrice du comité d'enquête, un service spécial sous la responsabilité directe du Kremlin.
Cette opération de communication vise à instrumentaliser la tragédie pour justifier l'escalade militaire et renforcer le récit russe.



