Dans l'Est de la République démocratique du Congo, l'enterrement des victimes d'Ebola est devenu un enjeu sanitaire et culturel majeur. Les équipes de la Croix-Rouge et du ministère de la Santé doivent composer avec les croyances locales pour organiser des inhumations sécurisées, tout en évitant les tensions et les risques de contamination.
Un rituel bouleversé
Les rites funéraires traditionnels, qui impliquent le lavage du corps et les contacts directs avec le défunt, sont interdits en raison du risque élevé de transmission du virus. Les familles doivent accepter que leurs proches soient enterrés par des équipes spécialisées, dans des sacs mortuaires et sans cérémonie classique. Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 80 % des cas de transmission d'Ebola dans la région sont liés à des enterrements non sécurisés.
Des équipes sous pression
Les volontaires de la Croix-Rouge, formés aux enterrements sécurisés, sont souvent perçus comme des « voleurs de corps » par les communautés. « Nous devons négocier avec les familles pour obtenir leur accord, explique un responsable local. Parfois, des menaces ou des violences éclatent. » Depuis le début de l'épidémie en 2018, plus de 200 incidents ont été recensés contre les équipes d'enterrement, selon les autorités sanitaires.
Un compromis nécessaire
Face à ces défis, les autorités tentent d'adapter les protocoles. Dans certains villages, les équipes autorisent les familles à participer à distance, en portant des équipements de protection. « Nous essayons de préserver la dignité des défunts tout en protégeant les vivants », affirme le Dr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB). L'objectif est de réduire la défiance et d'augmenter le taux d'enterrements sécurisés, qui stagne à 70 % dans certaines zones.
Un impact sur la lutte contre l'épidémie
Chaque enterrement non sécurisé peut entraîner de nouvelles contaminations. Selon l'OMS, une seule inhumation traditionnelle a causé jusqu'à 20 infections secondaires. Les autorités sanitaires estiment que pour endiguer l'épidémie, il faudrait atteindre 100 % d'enterrements sécurisés. Mais les résistances culturelles et la méfiance envers les équipes médicales compliquent la tâche.
Des solutions locales
Des initiatives communautaires émergent pour concilier sécurité et traditions. Dans la ville de Beni, des comités locaux de vigilance ont été formés pour accompagner les équipes d'enterrement. « Nous avons formé des leaders religieux et traditionnels pour qu'ils expliquent l'importance des enterrements sécurisés », indique un responsable de la Croix-Rouge. Ces efforts ont permis de réduire le nombre d'incidents de 40 % en six mois.
La lutte contre Ebola dans l'Est de la RDC reste un défi complexe, où la science et la culture doivent trouver un équilibre pour sauver des vies.



