En République démocratique du Congo, l'épidémie d'Ebola connaît une accélération inquiétante. Les soignants, en première ligne, tirent la sonnette d'alarme : « L'épidémie explose et nous sommes abandonnés », confie un médecin de l'hôpital de Beni, sous couvert d'anonymat. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 2 000 cas ont été recensés depuis le début de l'épidémie en août 2018, dont près de 1 400 décès. Le taux de mortalité atteint 67 %, bien au-dessus de la moyenne historique.
Une réponse sanitaire insuffisante
Malgré l'arrivée de vaccins et de traitements expérimentaux, la riposte reste entravée par l'insécurité et la méfiance des populations. Les attaques contre les centres de traitement se multiplient, obligeant les équipes médicales à suspendre régulièrement leurs activités. « Nous travaillons dans la peur constante d'être pris pour cible », témoigne une infirmière de Butembo. Le manque de personnel et de matériel aggrave la situation : « Nous manquons de gants, de masques et de solutions hydroalcooliques », déplore un responsable local de la Croix-Rouge.
Un contexte de crise humanitaire
L'épidémie survient dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits et de déplacements de populations. Les déplacements massifs compliquent le suivi des contacts et la vaccination. « Chaque jour, des familles fuient les violences et emportent le virus avec elles », explique un épidémiologiste de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB). Plus de 250 000 personnes ont été vaccinées, mais l'objectif de contenir l'épidémie semble s'éloigner.
L'appel à l'aide internationale
Les autorités congolaises et les ONG réclament un renforcement urgent de l'aide internationale. « Nous avons besoin de plus de moyens financiers et logistiques pour former les soignants et sécuriser les zones touchées », insiste le ministre de la Santé, le Dr Oly Ilunga. L'OMS a débloqué 15 millions de dollars, mais les besoins sont estimés à plus de 100 millions. « Sans un engagement fort de la communauté internationale, nous risquons de perdre la bataille contre Ebola », prévient un responsable de Médecins Sans Frontières.
Les conséquences sur le système de santé
L'épidémie a également des répercussions sur les autres soins de santé. Les hôpitaux, saturés par les cas d'Ebola, négligent les autres pathologies. « Les femmes enceintes, les enfants atteints de paludisme ou de diarrhée ne sont plus pris en charge correctement », alerte un pédiatre de Goma. La mortalité maternelle et infantile augmente dans les zones touchées. « C'est une double peine pour la population », conclut le médecin.



