Une double lueur d'espoir sur le front de la crise sanitaire en République démocratique du Congo (RDC). Le principal aéroport permettant aux organisations humanitaires d'accéder au foyer de l'épidémie de virus Ebola a rouvert ce mardi 2 juin 2026, parallèlement à l'annonce d'une baisse significative du nombre de cas suspects. Cette réouverture de l'aérodrome de Bunia, fermé depuis le 23 mai, va enfin permettre de relancer l'acheminement de l'aide médicale d'urgence.
Une épidémie sous surveillance internationale
La RDC a déclaré le 15 mai une épidémie de maladie Ebola, la 17e dans ce pays africain de plus de 100 millions d'habitants. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclenché une alerte sanitaire internationale. Son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui s'est entretenu avec le président congolais Félix Tshisekedi lundi, s'est rendu samedi dans le foyer de l'épidémie.
Bilan et évolution des cas
À ce stade, 48 décès ont été recensés sur 321 cas confirmés de contamination, selon les autorités sanitaires congolaises et l'OMS. Quinze cas dont un décès ont par ailleurs été recensés en Ouganda voisin, selon le ministère de la Santé ougandais. Selon l'OMS mardi, le nombre de cas suspects est désormais de 116, contre 1 139 suspects et 246 décès signalés vendredi par l'Africa CDC. De nombreux malades « ont été écartés après vérification et souffrent soit d'autres maladies, soit n'ont présenté qu'un épisode de fièvre sans autre symptôme », a expliqué le porte-parole Christian Lindmeier. En réalité, peu de tests ont été menés en laboratoire jusqu'ici, essentiellement par manque de moyens en RDC. Le gouvernement congolais, qui a récemment annoncé la guérison de plusieurs malades, a lancé une vaste opération de communication pour assurer que « la situation est sous contrôle ».
Un virus sans vaccin homologué
L'annonce d'une nouvelle épidémie d'Ebola dans ce pays parmi les plus pauvres au monde a créé l'inquiétude des autorités sanitaires internationales. D'autant qu'il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique pour le virus Bundibugyo, à l'origine de la flambée actuelle. La plupart des grandes épidémies passées ont été dues au virus Zaïre, le seul pour lequel un vaccin est homologué. Ebola a tué plus de 15 000 personnes en Afrique ces 50 dernières années. L'épidémie la plus meurtrière en RDC avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 malades recensés entre 2018 et 2020. L'Africa CDC a promis un vaccin pour Bundibugyo d'ici la fin de l'année, et l'OMS planche sur des essais cliniques. Le risque sanitaire pour les pays proches de la RDC est « élevé », selon l'OMS, mais reste « faible » au niveau mondial.
Une région enclavée et troublée
En Ituri, province du nord-est congolais et foyer de l'épidémie, les services de l'État sont depuis longtemps absents. La plupart des structures médicales n'ont que peu de moyens, et les soignants se sont trouvés désemparés par la magnitude de la crise. La région est par ailleurs une des plus troublées du pays. Des groupes armés y commettent régulièrement des massacres et rendent l'accès difficile. L'enclavement et la situation sécuritaire ont rendu la région largement dépendante de l'aéroport de Bunia, capitale provinciale, pour l'acheminement d'équipements sanitaires et de l'aide humanitaire.
La réouverture de l'aéroport de Bunia
La décision des autorités congolaises le 23 mai de suspendre les vols vers et depuis Bunia avait créé l'inquiétude de voir une riposte sanitaire encore ralentie. Quelques vols sanitaires et des vols spéciaux transportant des membres du gouvernement avaient toutefois été autorisés depuis Kinshasa. Le ministre de la Santé Samuel Roger Kamba avait évoqué la nécessité de s'assurer de la mise en place de mesures sanitaires pour les voyageurs. Après une évaluation « du processus de surveillance » de l'épidémie, « les conditions sont désormais réunies pour permettre une reprise progressive et sécurisée des activités aériennes », a indiqué mardi le ministère des Transports. Des mesures barrières telles que la prise de température systématique et le lavage de mains obligatoire avant l'embarquement seront mises en place.
Mesures régionales et internationales
Le Rwanda et l'Ouganda ont temporairement fermé leurs frontières avec la RDC. Les États-Unis projettent d'ouvrir au Kenya un centre de quarantaine pour les cas suspects ou avérés d'Ebola, essentiellement des Américains. Le président kényan William Ruto a défendu mardi le projet malgré le rejet exprimé dans la rue par une partie de la population.



