Le double séisme de magnitude 7,5 qui a frappé le nord du Venezuela le 24 juin a fait au moins 2 954 morts, selon le bilan officiel publié samedi par le ministère vénézuélien des Communications. À La Guaira, épicentre de la catastrophe, les secours internationaux cessent progressivement les recherches alors que l’ONU estime le nombre de disparus à 50 000.
Des immeubles réduits en ruines à La Guaira
À La Guaira, située à quarante kilomètres de la capitale Caracas, des immeubles entiers ont été réduits en ruines. De nombreux sinistrés sont toujours à la rue ou réfugiés de façon précaire dans des parcs, sans perspective. "On continue à travailler, à retrouver des corps, on continue", assure à l’AFP Francisco Sasquia, sauveteur bénévole et traducteur de 38 ans, devant l’Ocean Beach, un immeuble du quartier de Playa Grande. Des engins de chantier achèvent de jeter à terre des structures déjà effondrées et dégagent les dalles des immeubles.
La détresse des familles de victimes
Des proches de personnes coincées sous les décombres se résignent à l’utilisation d’excavatrices et de pelleteuses pour récupérer les corps. "Nous, les familles, avons besoin d’un point final", confie Susana Graterol, 47 ans, devant un immeuble effondré. Dix de ses voisins n’ont pas été retrouvés. "Avec les engins, ils vont effectivement les retrouver. Ce serait ce qu’il y a de mieux, parce que tous ces jours ont été un processus très dur, épuisant", poursuit-elle.
Au moins 2 954 personnes ont été tuées et 16 592 blessées dans le double séisme, l’un des plus puissants et dévastateurs d’Amérique latine. Plus de 16 000 personnes sont sans logement et 856 bâtiments sont sinistrés. Les deux séismes se sont produits à 39 secondes d’intervalle et ont principalement touché le nord du Venezuela, plongeant le pays dans le deuil.
Le tremblement de terre le plus fort depuis 1900
Selon le Service géologique des États-Unis, le tremblement de terre de magnitude 7,5 est le plus fort depuis 1900 à avoir frappé le Venezuela, pays de près de 30 millions d’habitants à l’économie en crise. Des brigades de secours venues des États-Unis, du Chili et d’autres pays commencent à préparer leur départ. La fenêtre pour retrouver des survivants se referme au bout de 72 heures. Jeudi, des secouristes ont pourtant sauvé un homme enseveli huit jours sous les ruines, une lueur de joie au milieu de la tragédie. Caracas a aussi été touchée, mais les dégâts y sont bien moindres qu’à La Guaira.
Des critiques sur l’insuffisance de secouristes
Samedi, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a décoré des sauveteurs américains. "Le peuple vénézuélien n’oubliera jamais ce geste", leur a-t-elle dit lors d’une cérémonie. Plus tôt, elle avait décoré des secouristes venus du Royaume-Uni, du Qatar, de France, d’Inde, de la Barbade, du Brésil et d’Argentine, ainsi que des chiens pisteurs. "C’est la solidarité universelle qui doit inspirer les peuples du monde", a-t-elle déclaré. Mme Rodriguez a également affirmé être "en contact" avec certains pays qui "vont contribuer à la remise en état" de l’aéroport de Maiquetia, fermé en raison des dégâts puis partiellement rouvert pour les vols humanitaires. La dirigeante est critiquée pour l’insuffisance de secouristes et de matériel avant l’arrivée des équipes internationales.
50 000 disparus selon l’ONU
À Caraballeda, dans l’État de La Guaira, des centaines de familles modestes vivaient dans des complexes résidentiels de 12 étages, les OPP 26 et 27 (Œuvres du Pouvoir populaire). Ils ne sont plus que des montagnes de décombres. "C’est un film d’horreur, nous avons échappé à la guerre, mais pas à la nature", lance Celida Sequera, une volontaire de 43 ans, le visage et les vêtements couverts de terre. Elle accompagne depuis huit jours un ami qui a tout perdu : sa femme et ses trois enfants de 6, 10 et 12 ans étaient allongés sur un lit lorsqu’un mur leur est tombé dessus. La famille vient enfin d’être localisée. Le gouvernement n’a pas communiqué de chiffres sur les disparus, mais l’ONU estime que leur nombre pourrait atteindre 50 000.



